Il s’agirait de parler français, et au-delà de l’utilisation dangereuse de l’IA… on tutoie surtout la poussière de la créativité.
« Je l’ai fait car c’est fun et puis tu sais, en tant que motion designer, j’ai grave besoin de l’IA, c’est un game changer ». C’est le débat stérile que j’ai eu pas plus tard qu’hier avec une connaissance coréenne qui a, naïvement (je crois), posté une story d’elle en présumée fana en gradins pour je ne sais quel sport. Mais si, vous savez : les supporters de baseball sont partout et surtout via IA. C’est la nouvelle trend virale sur TikTok et Insta (qui est justement made in South Korea), et qui consiste à vous montrer à la manière des supporters filmés en tribunes puis passant sur un écran géant. Mais avec, ne nous mentons pas, un sacré glow up et beaucoup de points d’aura. Vous aurez le regard légèrement fuyant, un petit sourire gêné, mais l’IA vous rendra plus belle ou plus beau que jamais avec une peau glowy travaillée avec minutie. Forcément, la trend a si bien marché qu’aujourd’hui elle est déclinée pour à peu près tous les sports qui ont un public, de la Ligue des Champions à la F1.
Pourquoi elle m’agace autant ? Je pourrais vous faire un long discours sur les dérives de l’IA, son fléau écologique à cause des ressources énergivores qu’elle nécessite… mais j’aimerais mettre l’accent dans un premier temps sur la dangerosité associée. D’abord, car seulement quelques jours après qu’elle a percé, des utilisateurs ont généré de fausses vidéos de célébrités en tribunes, toujours avec ce même réalisme qui mettrait à mal toute personne persuadée de repérer le vrai du faux au premier coup d’œil - trop hâte de challenger Aqababe. Ou comment convoquer des personnalités publiques dans des lieux qu’elles ne connaissent pas, des contextes qu’elles n’ont pas choisis et des événements auxquels elles n’ont jamais assisté. Cela n’a l’air de rien mais c’est exactement comme ça que les deepfakes se banalisent, par ces petits pas de côté qui ont l’air drôles, ludiques, viraux. Et qui créent des fake news (voire du porno, hélas forcément) la semaine qui suit.
Je pourrais également parler longuement du niveau de correction de la trend, qui est paradoxalement réaliste mais en même temps un peu trop parfaite pour convaincre : les visages sont trop lisses, les looks et regards aseptisés. Se voir transformé dans une version « parfaite » de soi-même dans un stade imaginaire reste le meilleur moyen de cultiver une forme de dysmorphophobie, et de se persuader que sa vraie apparence ne suffit pas puisqu’elle ne sera jamais aussi séduisante que ce que propose Midjourney, sur le papier du moins.
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