Camille Becerra, fondatrice de la marque phare de thé matcha en France "Anatae", nous explique comment reconnaître un bon produit d’un mauvais, quels sont les dangers sur la santé et surtout si la pénurie est réelle ou juste un argument marketing pour mieux justifier une hype qui écrase toute concurrence dans les cafés.
Comment ça, le matcha est une denrée rare en pénurie alors que, plus que jamais, et précisément à Paris, les coffee shops ouvrent et proposent ce fameux thé vert ultra viral ? Le Japon va-t-il créer un empire avec une armée de nouveaux jeunes agriculteurs ? L’amertume (et le fameux “goût de gazon”), c’est gage de qualité ou loin de là ? Et est-il la source d’un manque de fer, comme semblent le signifier de nombreux internautes addicts à la boisson et actuellement en carence ? Tant de questions. Mais fort heureusement, autant de réponses ! En effet, j’ai rencontré Camille Becerra, fondatrice d’une des marques pionnières du matcha en France, Anatae, présente bien avant la trend et les cafés conceptuels qui poussent depuis deux ans comme des champignons. L’expertise de Camille, bien réelle, a pour but de m’aiguiller sur toutes les interrogations que tout le monde se pose sur la boisson verdâtre la plus en vue du moment.
Camille Becerra (IG @anatae_matcha)
Bonjour Camille ! Pour commencer, comment as-tu découvert le matcha ?
Camille Becerra : C’était lors de mes études, en 2015. J’ai fait un stage en Asie et, à la fin de ce stage, j’ai passé plusieurs mois à Hong Kong. C’est là-bas que j’ai découvert le thé matcha, parce que même si c'est un thé japonais, à Hong Kong, il y en avait beaucoup à l'époque. Et j’ai a-do-ré.
C’est là que tu as pensé à lancer ta propre entreprise ?
Oui et non ! C’est vrai que je me suis dit : “est-ce que ça ne serait pas une idée de le lancer en France ?” La graine était née. Mais quand je suis rentrée en hexagone, j’avais peur de lancer ma propre boîte alors que je sortais tout juste de mes études. J’ai d’abord fait un cursus plus classique, plusieurs CDD… qui ne me plaisaient pas plus que ça. J’avais de bons postes, parfois prestigieux même, mais ça ne me plaisait pas. Et j’avais toujours cette idée en tête. Donc j’ai décidé de me donner une chance. C’est-à-dire d'aller au Japon, le pays du thé matcha, pour au moins me former, essayer de comprendre ce que c'est vraiment et voir si là-bas il y a quelque chose qui se débloque. J’ai donc passé deux mois et demi au Japon. La moitié du temps, je faisais des petits boulots alimentaires et le reste du temps j'essayais de trouver des infos sur le thé matcha. Ce qui veut dire rencontrer des agriculteurs, visiter leurs champs, leurs usines, leur poser plein de questions. Et j'ai trouvé ça fascinant, tant tu as des subtilités, des nuances différentes…
Un peu comme l’univers du vin en France finalement ?
Exactement ! J’ai goûté plein de thés différents. Et puis j'en ai trouvé d'excellents, chez deux agriculteurs notamment. C’est là que j'ai décidé de me lancer. Début 2019, j’ouvre une boutique en ligne et j’ai beaucoup raconté mon histoire sur les réseaux – à l’époque, ce thé japonais n’était pas très connu. Il fallait faire beaucoup “d’éducation” envers le public. Je suis aussi passée par les créatrices de contenus, pour partager mon histoire ainsi que celle du thé, et ce sans budget. Si ça leur plaît, elles pouvaient en parler librement à leur communauté. Sinon, ok, on passe. Mais certaines étaient intéressées et petit à petit, j'ai pu construire une communauté.
IG @anatae_matcha
Le produit phare est certes le thé matcha, mais on propose d’autres thés qui sont produits par les mêmes agriculteurs que j'ai choisi il y a sept ans maintenant. Et si on vend surtout en ligne, on a beaucoup de professionnels parmi nos clients. C'est 30 % de notre chiffre d'affaires, soit 800 clients professionnels en France. Je pense aux cafés, aux hôtels, aux restaurants... Je tiens toutefois à préciser que nous ne sommes pas la première marque de thé matcha à être arrivée en France mais la deuxième – il y en avait une autre déjà présente au lancement. Mais aujourd’hui, Anatae est la plus connue. On compte neuf employées – que des femmes !
Rentrons désormais dans le vif du sujet : partout, j’entends parler de pénurie de matcha. Est-ce réel ou une exagération un peu grossière de la part des médias ?
C'est réel… et aussi un peu exagéré. C’est surtout sur les matchas haut de gamme, issus des meilleures récoltes, qu’il y a un problème de rupture. C’est aussi vrai que la demande a augmenté. Je le vois bien sur les récoltes : à l’époque, avec celle qui se fait au printemps, on avait du thé pour faire du matcha pendant environ deux ans. Maintenant, on ne tient même pas jusqu’à l’année suivante ! Beaucoup devront alors compter sur des récoltes moins généreuses et qualitatives, et obtiendront à travers ce thé du matcha de moins bonne qualité.
C’est la seule raison ? La demande en hausse ?
Non, et c’est un point peu abordé mais il faut parler de la météo défavorable en 2024. Ça a tout déréglé : l’été a été très chaud, et l’hiver glacial et ça, ce n’est vraiment pas bon. La récolte de thé au printemps 2025 a été très maigre comparée aux autres années, environ 30 % en moins. Forcément, si la demande explose au même moment, ça entraîne une rareté sur certaines références de matcha au Japon. Ainsi qu’une grosse hausse des prix – on achète le thé plus cher, donc on le revend aussi plus cher, on n’a pas vraiment le choix.
IG @anatae_matcha
Comment les Japonais (les agriculteurs particulièrement) réagissent ?
Sans caricaturer, si je me base sur mon expérience et ce que j’ai observé pendant des années, les Japonais sont des personnes très consciencieuses et qui veulent bien faire, que tout soit carré. Ils ne sont pas dans l’urgence. Donc forcément, la météo les a déstabilisés. Ils sont toujours inquiets par rapport à ça, car c’est l’une des rares choses qu’ils ne maîtriseront jamais, peu importe à quel point le travail est bien fait. Malgré tout, je rencontre beaucoup d’agriculteurs très contents, très actifs, qui tentent de trouver des solutions. Mes partenaires ont par exemple refait complètement une usine.
Est-ce que c’est le moment pour eux de créer un empire ?
Tu sais, le monde de l'agriculture est très vieillissant au Japon et il n'y a pas beaucoup de jeunes qui veulent reprendre. Et franchement, pour avoir vu les agriculteurs faire, je comprends parce que c'est très difficile comme métier. C'est très physique, il faut beaucoup être penché. On porte des sacs de feuilles très lourds. Donc ça, c'est un gros souci pour eux. Et le deuxième souci qu'ils ont, c'est que même si tu te dis “ok, je vais profiter de la hype pour me créer une opportunité, le matcha ça cartonne, j’ai juste à planter de nouveaux champs de thé "… Eh bien il faut 3 à 5 ans avant que la plantation donne du thé ! Donc si tu prends des mesures aujourd'hui, ce ne sera pas une solution pour les trois années qui arrivent.
Si je ne dis pas de bêtise, on cultive aussi du matcha en Chine (pays dont il est originaire) ainsi qu’en Corée du Sud. Tu n’as pas pensé à trouver des fournisseurs là-bas si cela devient plus délicat au Japon ?
Oui, je me suis dit peut-être que la Corée du Sud pourrait être une option. Mais… j’ai rapidement écarté l’idée. J’aime retranscrire l’ADN japonais avec ma marque, notamment à travers le compte Instagram, le site... Et je ne connais pas grand-chose à la Corée du Sud, par contre j’ai eu un vrai coup de cœur pour le Japon, donc malgré les ruptures, on restera dessus !
IG @anatae_matcha
Beaucoup de consommateurs accusent le matcha d’être responsable de leur carence en fer, tu as déjà étudié le sujet ?
C’est vrai, en partie. En fait, si tu bois ton matcha et en même temps que tu consommes une assiette riche en fer, oui ça peut compliquer l’assimilation. Mais si je me fais une grosse assiette avec zéro fer dedans, je peux totalement boire mon thé matcha sans incidence. Autrement, je conseille d’espacer le matcha au plat de deux à trois heures pour que le fer soit assimilé. Il faut plus se poser la question “est-ce que je mange assez de fer ?” plutôt que d’accuser le matcha, qui n’est pas nécessairement lié.
Enfin, parlons peu, parlons bien : beaucoup de gens restent bloqués sur l’amertume, et disent que le matcha a un goût “de gazon”, c’est normal ou pas du tout ?
Un bon matcha n’est pas du tout terreux. C’est végétal, herbacé, mais le goût de terre ? Non, ça, c’est pour les mauvais matchas. L’amertume, c’est autre chose, cela peut être très haut de gamme et oui un peu amer – ça plaît à certains ! Avec mes équipes, on a l’habitude de dire qu’un très bon thé matcha doit avoir une amertume, certes, mais malgré tout agréable. Voire pas d’amertume du tout. Mais surtout pas une amertume qui va jusqu’à vous faire grimacer. Souvent, en France, quand il y a des matchas amers, c’est qu’il s’agit de produits bas de gamme, reconnaissables à leur couleur très kaki.
Pour boire un matcha pas kaki mais d’un beau vert bien pétant, ça se passe ici, sur l’eshop de la marque Anatae.
Parfois, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs… cheesecake. Ce n’est pas moi qui le dis mais TikTok, puisque tout le monde s’y empresse de se la jouer Louloukitchen et d’acheter un yaourt grec au supermarché du coin. Puis des biscuits type speculoos. D’insérer ces deux derniers dans ledit pot de yaourt, puis de laisser le tout au frigo le temps d’une nuit. Avant de déguster ce qu’ils décrivent comme “un cheesecake japonais”. Bon, le côté nippon, on le cherche encore, mais paraît-il que c’est aussi simple que divin en bouche. À vous de tester donc !
@louisczn
Si les restaurants chinois ont pignon sur rue à Paris, encore rares sont ceux qui mettent à l’honneur la cuisine de Hong Kong. Ceux en mal de Milk Tea peuvent désormais se réfugier chez DIMDAN MAIDAN, adresse déjà forte d’un vrai succès – à peine arrivée pour midi, toutes les tables ou presque étaient déjà prises d’assaut, notamment par des touristes hongkongais. Plutôt bon signe ! Dans ce restaurant à la déco qui plonge dans l’ambiance des cafés traditionnels de la ville, on y mange des spécialités en solo ou on se partage des petits délices iconiques. C’est ce que nous ferons avec mon +1, avec pêle-mêle des wontons frits aux crevettes – le cœur est fondant, les extrémités ont un goût de chips qui n’est pas pour me déplaire. Les curry fish balls fondent en bouche.
Rien à signaler sur les légumes sautés, c’est toujours un classique qui ne déçoit pas une fois bien préparés. Petite originalité et challenge pour moi qui ne suis pas fan du sucré-salé : une brioche bolo au bœuf satay. Choquée mais pas déçue comme on aime le dire ici. Mais ma préférence va directement au roast crispy pork. Avec mon binôme, on y retourne encore et encore sans s’arrêter. La viande est ultra juteuse, mais la panure bien légère, ultra craquante. Un combo parfaitement maîtrisé qui justifie à lui seul le succès du lieu.
DIMDAN MAIDAN, 21 rue Turbigo, 75002 Paris
Pas toujours facile de trouver un lieu pour dîner en date ou juste boire un verre avec un vieil ami à Paris. Oui, le choix ne manque pas, mais justement, comment se différencier ! C’est pourquoi j’avais envie de vous parler du Bouquet Saint-Paul, un lieu à la décoration florale n’est jamais too much et la carte se veut certes basique mais de qualité. Avec mon amie, on se partage un croque-monsieur (son tout premier !) à la truffe. Cela ne déçoit jamais. De mon côté, j’opte pour des rigatoni avec de la burrata – pas de faux pas ou de risque, on vous avait prévenus.
Mais parfois, les meilleures soirées sont celles qui restent dans une certaine zone de confort, surtout quand tout est bon sous la dent. Dans les oreilles, en revanche, on ose des choses… eh non, pas de Dua Lipa en vue. Non loin de nous, un piano, avec quelqu’un qui joue en live.
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