Sur les réseaux, un nouveau café interroge sur la définition d'un terme : appropriation.
Ils pensaient peut-être bien faire, c’est loupé. Élodie et Hippolyte (noms fictifs), après un voyage d’un an en Asie du Sud-Est, ont décidé d’ouvrir un café dans une ville de France (je ne mentionne volontairement ni le nom du café, ni la région) pour partager leur amour du Vietnam, l’un des pays traversés. Plus précisément, le café, qui est l’une des boissons phares du pays. En termes de communication, on ne peut pas dire que le succès est au rendez-vous. C’est même tout l’inverse : avalanche de commentaires négatifs, en majorité de personnes issues de la communauté vietnamienne en France, qui évoquent que “leur culture qui n’est pas un costume” ou “une nouvelle image du néo-colonialisme”… et même moi, je le reconnais, j’y suis peut-être allée de mon petit commentaire peu constructif – on fait toutes et tous des erreurs. De mémoire, j’ai dû lâcher un petit “phobie” ou “cauchemar”, en toute simplicité.
Mes excuses les plus sincères pour la forme. Se contenter d’un simple mot face à des individus qui osent encore entreprendre quoi que ce soit, monter des projets, lancer de nouvelles choses dans la France actuelle du M word (vous savez bien qui), c’est déjà assez courageux pour être signalé et adoubé. Je ne suis pas désolée pour le fond, en revanche. J’aurais dû développer davantage, je m’en suis privée. Je le fais à travers cette newsletter, qui ne se veut pas moralisatrice, du moins je ne l’espère pas. Déjà, parce que je ne suis pas la principale concernée. Ensuite, je n’ai pas la science infuse. Enfin, l’idée n’est pas d’accentuer la “sauce” du couple de baristas. Donc n’allez pas les “retrouver” afin d’y mettre votre petit grain de sel. Le but est plutôt d’expliquer pourquoi le concept est problématique à certaines personnes qui l’ignoreraient encore et de pousser à la réflexion.
IG @visit.hochiminhcity
J’ai pu voir, dans certains commentaires, des personnes s’offusquer : “Pourquoi des personnes blanches n’auraient pas le droit de faire du café viet ? Il y a bien des pizzas à Saigon.” J’ai tendance à assimiler cette remarque à “Le contraire serait problématique, imaginez si cette femme était un homme.” Remarque qui n’a pas de sens. Vraiment. C’est justement parce que cette femme n’est pas un homme que le problème n’est pas le même. Et les Vietnamiens n’ont pas le même passé chargé d’histoire et de tragédies coloniales subies que les Italiens ou tout autre pays à la gastronomie européenne.
Encore une fois, je ne suis pas historienne, mais en tant que personne à moitié algérienne, je ne vous inviterai jamais assez à réviser vos cours d’Histoire de la France. Et son lien avec le Vietnam, pas si éloigné que celui imposé avec l’Algérie – même très similaire, en réalité. La seule différence, c’est que la culture DZ n’a pas la même hype… pour le moment. D’aucuns savent que l’Hexagone a colonisé le pays asiatique, et avant l’arrivée des colons et missionnaires, la culture du café n’était pas la même, voire sûrement inexistante. Le café est pensé comme culture d’exportation, voulu à la fois pour subvenir aux envies d’arabica et/ou de robusta des missionnaires, puis pour enrichir l’empire colonial… et certainement pas les locaux.
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