Cinq jeunes femmes qui partent à Séoul vérifier si l’amour à la coréenne est comme dans les k-dramas. Ce synopsis ne s’invente pas - et se valide peut-être encore moins.
Même si nous ne correspondons plus V, je serais néanmoins ravie de toujours te compter parmi mes lectrices. À bon entendeur.
“Cinq Brésiliennes, chacune à une étape différente de sa vie, se rendent en Corée du Sud pour rencontrer leurs crushs dans cette émission de téléréalité inspirée des dramas coréens.” Voici le pitch de la future téléréalité de dating disponible sur Netflix dès le 1er janvier, nommée en Hexagone Mon chéri coréen. Pour être tout à fait honnête, quand j’ai vu un trailer débouler sur mon feed Insta, j’ai naturellement cru à une parodie ou à une blague de mauvais goût. Eh bien, même pas. Le but ici est vraiment de suivre cinq femmes possiblement biberonnées aux k-dramas romantiques (car, on le rappelle, un drama coréen peut être peu ou prou de n’importe quel genre), désireuses de trouver leur futur époux. Et si ça a l’air au mieux innocent, ou au pire un peu “perché”, croyez-moi, c’est, selon moi, à minima juste problématique.
Rien que le concept : changer de pays pour vérifier si les hommes répondent à des fantasmes. Comment ne pas évoquer une part de fétichisme ? Eh non, on ne parle pas ici “d’appréciation”, de “préférence” ou de “curiosité”. Apprécier une personne pour sa nationalité, son passeport et rien que cela, la dépossédant de toute personnalité qui lui est propre, et en se servant d’elle comme simple projection d’une farandole de fantasmes, c’est du fétichisme. C’est d’autant plus vrai quand il s’agit d’une minorité raciale issue de pays colonisés face à des personnes caucasiennes.
Même si ici, certes, les candidates ne sont pas toutes blanches, le Brésil étant un pays aux cultures riches et nombreuses - lui-même colonisé durant des années par les Portugais. Mais il reste qu’on parle d’un groupe de femmes qui traversent littéralement le globe pour vérifier leur instinct et surtout les clichés avec lesquels elles ont été nourries. Car, pour celles et ceux qui l’ignorent, les hommes coréens hétérosexuels jouissent d’un merveilleux rebranding grâce au soft power et aux séries. On les décrit parfois de manière peu flatteuse : conservateurs, machos, attachés à des traditions qui mettent à mal les conditions des femmes. Mais surtout comme furieusement romantiques et sentimentaux, attentionnés au point de se baisser dans la rue pour faire vos lacets défaits ou de toujours mettre une main au-dessus de votre visage de peur que vous ayez le soleil en pleine figure. On n’oubliera pas le plus grand cliché : celui du parapluie qu’il vous prêtera une fois la pluie venue, sans crier gare, et s’il n’en a pas, son manteau, voire son corps musclé et moulé à cause de l’eau, vous servira de barrage contre l’averse.
@Netflix
Évidemment, tout ceci ne relève que du mythe. Je ne dis pas qu’il n’existe pas de Coréen élégant ou avenant. Je dis juste qu’il ne faut pas confondre fiction et réalité, exception et généralité. À cela, on ajoutera les poncifs racistes qui collent historiquement aux personnes asiatiques (ou, a minima, d’origine asiatique) : la discrétion, la politesse, le sens du service. Vous pensez qu’il s’agit là de qualités et donc, de facto, de compliments, mais ce n’est pas toujours le cas, car le sous-texte historique renvoie à un passé colonial et à une population assujettie, qui n’a pas eu d’autre choix que d’utiliser cette discrétion pour survivre, en tant que peuple colonisé puis et/ou peuple immigré.
Le pire ? Les hommes coréens, principaux concernés ici, ne sont pas sans savoir qu’ils sont devenus de nouveaux fantasmes culturels. Et ils en jouent. Peut-être que le terme de “fuckboy” vous parlera, et parmi les Coréens, il y en a pas mal. Conscients de leur présumé charme sans faire d’efforts particuliers (ils n’ont qu’à être coréens, donc eux-mêmes, après tout), ces derniers partent “à la chasse” aux touristes dans les quartiers les plus prisés par ces dernières. À Séoul, il s’agit évidemment de Hongdae, endroit célèbre pour ses clubs remplis d’Américains et de Français, mais surtout d’Américaines et de Françaises… si bien que certains rabatteurs viennent carrément de France ou de pays francophones.
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