Non, les petits vieux au Japon qui charbonnent ne sont pas « trop mignons »

Et cela même s’ils vous rappellent des personnages tout droit sortis d’un film Ghibli.

Mon récent séjour au Japon a eu deux majeures conséquences sur mon moribond quotidien. L’une directe : je suis en plein goumin. C’est que cette fois, je me suis éloignée de la sacro-sainte trinité touristique - mais que j’adore, je ne suis pas une pick me - formée par Tokyo-Kyoto-Osaka. Pour partir à la découverte de Kyushu, l’île la plus au sud du Japon, où j’ai pu entre autres voir un volcan bien que de loin, de très jolies fleurs, des chevaux sauvages dans une prairie sous la pluie (#everythingisromantic) et même faire de la barque ou plutôt me laisser embarquer – littéralement, loin de mes petits bras les pagaies. La seconde conséquence est plus vicieuse, car elle concerne mes feeds Insta et TikTok.

Désormais, je ne peux plus faire un pas sur l’un de ces réseaux sans tomber sur une vidéo sur le pays du Soleil-Levant, forcément. Et comme je suis, au risque de radoter à cause de mon grand âge, en plein deuil post-voyage, ce n’est pas évident… sauf que ce ne sont pas des vidéos reco ou dégustations « random ». Allez savoir pourquoi, j’ai chaque jour de nouvelles vidéos de touristes, la plupart du temps occidentaux, qui mettent en valeur le travail exercé (agriculteur, serveur, livreur, mais le plus souvent cuisinier) par une Japonaise ou un Japonais âgés. J’entends par là très âgés. Octogénaires voire nonagénaires, eh oui.

La forme est peu ou prou toujours la même : une musique émouvante ou nostalgique tout droit tirée d’un anime, des gros plans sur la petite mamie affaiblie ou le petit papi le dos voûté en plein labeur et une voix-off un peu mielleuse qui explique comment cette expérience est merveilleuse. Et qu’il faut absolument aller dans ce restaurant pour donner de la force audit personnage âgé maître des lieux. Les commentaires ne vont que rarement à contre-courant. Souvent, on parle de « kawaii », de beauté, d’un côté « anime » (remarque qui peut sonner un peu raciste, à minima problématique, au demeurant, cessons peut-être de constamment lier le Japon à ce genre de poncifs). Mais aussi de personnes inspirantes qui bluffent par leur vitalité.

Si les individus derrière ce genre de vidéos ne pensent pas à mal, du moins, j’aime le croire, j’aimerais vous expliquer pourquoi cela pose problème. D’abord, cette romantisation cache tout de même une réalité triste car économiquement ultra-précaire. D’aucuns savent que le yen est en chute libre depuis plusieurs années, ce qui n’aide pas les locaux. Si certains travaillent de bon cœur pour conserver un lien social, beaucoup d’entre eux ne le font ni par choix ni par passion mais bien par nécessité et obligation. Selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le pays a l’un des taux de pauvreté des personnes âgées les plus élevés. Celui relatif aux personnes de plus de 65 ans dépasse les 20 %, bien au-dessus de la moyenne. Et celui-ci est d’autant plus consternant chez les femmes seules.

Romantiser cette précarité, cette absence de filet de sécurité sociale, c’est la normaliser, sinon la célébrer via une esthétique feel-good, de jolis plans et une musique de fond bien virale. De la même manière, on peut également imaginer qu’il y a là une façon de glorifier l’effort et la souffrance au travail, ce qu’on nomme la « Hustle culture » et qui est particulièrement présente dans la vie des salariés nippons où, on le rappelle, il n’est jamais très bien vu de partir du bureau avant son supérieur. C’est toutefois ignorer la vulnérabilité physique ou mentale de ces seniors. Comment peut-on dire sincèrement, et dignement, que ces personnes sont inspirantes quand on les voit se tuer à la tâche, le dos courbé par le poids du travail exercé au gré des décennies ? Ces commentaires sont étranges et relèvent d’une certaine froideur, car ils sous-entendent aussi que la valeur sociale ne passe que par le travail – d’autant plus surprenant, car ils sont parfois signés par la Gen Z qui se voue pourtant à briser le schéma du pro > perso.

Enfin, et je le soulevais déjà via la comparaison très maladroite avec des personnages fictifs d’anime : ces vidéos participent pleinement à l’exotisation du Japon. Ce que l’on trouve pénible, navrant, bouleversant dans son propre pays, on le trouve fort, admirable et touchant dans un autre. Mais à quel moment la souffrance fait-elle partie d’une forme de tourisme et de divertissement ? Le fait que ces vidéos soient aussi prises au Japon et pas dans un autre pays n’est pas un hasard. On aime associer de manière quasi systématique le Japon à une forme de discipline culturelle mythifiée, fantasmée. Un peu à la manière de ces personnes qui aiment dire des Asiatiques du Nord-Est ou du Sud-Est qu’elles sont forcément très sages, bosseuses, appliquées car impliquées, et qu’elles bosseront toujours sans compter les heures quitte à négliger leur propre santé. Rappelons que ceci relève d’un racisme. Insidieux, certes. Mais un racisme tout de même.

Et si jamais vous allez bientôt au Japon…

C’est un fait, j’ai l’impression que la terre entière y est constamment. Si le sujet vous intéresse - je pense aussi inclure Séoul, Bali, LA ou Rio - j’en ferai un sujet consacré ! Mais il n’empêche, il serait fortement hypocrite de ma part de vous déconseiller le pays de l’umami, où même un pauvre plat d’aéroport à quatre euros tabasse matin, midi et soir nombre de repas ingurgités dans de nombreux restaurants asiatiques à Paris. Toutefois, s’il y a bien une chose à éviter, c’est de prendre votre SIM physique sitôt votre avion arrivé. C’est que c’est souvent plus coûteux et plus compliqué (vous allez devoir jongler entre votre SIM française et celle nippone au risque d’en perdre une). C’est pourquoi je vous conseille très naturellement, et comme pour mon voyage à Taïwan, Ubigi ! La marque mondiale d’eSIM a fait ses preuves et ce n’est pas un hasard. Encore une fois, que ce soit dans la campagne de Kyushu, les plages abandonnées ou les temples très excentrés, je n’ai JAMAIS manqué de 5G.

Pour rappel, voici les étapes d’installation à suivre :

  1. Téléchargez l’application Ubigi (make sense) et créez-vous un compte, manœuvre qui prend une minute, voire moins.

  2. Sélectionnez « Acheter une nouvelle eSIM Ubigi ».

  3. Après l'achat du forfait souhaité, cliquez sur « Installer votre eSIM ». Le forfait ne démarre pas à la date d'achat, mais bien à votre arrivée dans le pays !

  4. Dès l'atterrissage, activez le profil Ubigi dans les paramètres de votre téléphone et sélectionnez-le pour les données mobiles – et c'est parti !

Petit rappel avant de partir : pensez bien à désactiver l'itinérance des données de votre ligne principale pour éviter les mauvaises surprises sur votre facture ! Mon code promo, sans minimum d’achat ou date d’expiration, TKTC10, est toujours valable et vous offre une remise immédiate de 10 % sur le premier achat de forfait de données. De quoi économiser quelques yens qui partiront en friandises au konbini… (pensez donc à moi si vous craquez pour un tamago sando).

Et sinon, on dort où ?

Le Park Hotel Tokyo, pour dormir dans un musée

Situé à dix minutes à pied du célèbre quartier luxueux de Ginza, le Park Hotel Tokyo impressionne. Situé au 25e étage d’une tour qui domine tout Tokyo, il offre de facto une vue imprenable qui peut donner, au sens premier du terme, le vertige. Et si les plus déterminés à dépenser auront, au même sein de leur chambre, à la fois la Tokyo Sky Tree et la Tokyo Tower dans le même cadre, ainsi que le mont Fuji, toutes et tous peuvent profiter du côté musée.

Car au-delà du confort (je n’ai jamais aussi bien dormi du séjour) et du côté raffiné que propose ce lieu d’exception, le point fort de l’hôtel est bien de proposer une palanquée d’œuvres à admirer, voire acquérir, à chaque étage et dans nombre de chambres. Celles-ci sont directement « retapées » par les artistes concernés, uniquement des Japonais. Et ce n’est pas une simple fantaisie servant à gonfler le prix du séjour : cela change toute l’expérience.

Preuve en est, j’ai croisé au gré du séjour de nombreuses personnes qui ne résidaient pas du tout dans l’hôtel. Elles venaient par curiosité, pour découvrir les œuvres, les expositions au gré des différents étages où se mêlent statues et tableaux dans tous les registres. Ici et là, des peintures au style très Edo, des Hello Kitty customisées, des statues d’animaux à l’air facétieux.

Bref, l’endroit ne sert pas qu’à dormir ou prendre le petit-déjeuner mais à prolonger l’expérience hôtelière si bien que j’ai consacré plus d’une heure à tout admirer. J’avais également très envie de vous parler du restaurant ART colours Dining, le même endroit qui propose le petit-déjeuner, un buffet mixte occidental et japonais où j’ai hautement rentabilisé la machine à pancakes. Mais le soir, c’est encore plus fort : avec mon invitée, nous avons partagé une pizza au fromage d’Hokkaido, île la plus au nord du pays et bien connue pour son lait de qualité.

Une première pour moi et rien que d’y penser, mes babines en gardent un souvenir plus qu’ému. Vous pouvez donc totalement prévoir un repas sur place pour prolonger l’expérience – les prix sont d’ailleurs tout à fait décents pour la beauté du lieu et la qualité des mets ! Toujours dans le côté praticité, l’ascenseur de l’hôtel vous emmène directement à la station de métro la plus proche, Shiodome, et l’immeuble a aussi un Family Mart qui servira de terre d’asile à vos fringales les plus nocturnes. Bref, encore plus efficace qu’un all-inclusive.

Park Hotel Tokyo, Préfecture de Tokyo, Tokyo, Minato-ku Higashi Shimbashi 1-7-1, Japon

Recommandation écrite dans le cadre d’une invitation

Le Shiba Park Hotel, pour bouquiner jusqu’à pas d’heures

À seulement vingt minutes à pied du premier hôtel, et à 2 minutes à pied de la station de métro Onarimon, se trouve un autre hôtel du même groupe, à savoir Shiba Park Hotel, qui n’a rien à lui envier. L’hôtel a des airs d’immense librairie de luxe et c’est ce qui fait sa particularité : des tonnes de livres à chaque étage sont mis à disposition.

Des ouvrages sur le Japon comme guides pour compenser vos collections TikTok, mais aussi des romans, des livres de photos et, évidemment, quelques mangas – et en anglais ! L’endroit a une énergie totalement différente (bien que la clientèle reste encore une fois très internationale), mais on reste pourtant sur quelque chose de très contemplatif et zen sans pour autant que cela soit trop « froid » ou « intimidant », comme peuvent souvent l’être les hôtels et palaces flirtant avec l’univers du luxe. À plusieurs reprises et entre deux balades, je me suis retrouvée à retourner à l’hôtel non pas dans ma chambre mais à l’un des nombreux étages pour me poser, un bouquin à la main, et simplement profiter du silence et de la beauté des lieux, tout en sobriété.

Sur les chambres, rien à signaler tant tout est encore une fois parfait : c’est lumineux, confortable, très bien équipé. Le diable comme le chic se cachent dans les détails, et on appréciera, par exemple, le sèche-cheveux Shark ou les brosses à cheveux en bambou. En passant, il vous faudra tester le restaurant de l’hôtel, The Dining, qui accueille clients de l’hôtel mais aussi personnes extérieures. Le petit-déjeuner est un buffet à la fois « western » et japonais très similaire à celui du Park Hotel Tokyo.

En revanche, pour le dîner, ici vous aurez des mets japonais, chinois et même français. Avec ma +1, nous avions partagé un ensemble de dumplings, xia long bao, tempuras et autres festivités. L’ensemble se voulait très réussi. Seul défaut : le lieu ferme très tôt, à savoir 21 h, tâchez de vous organiser selon ! À noter que l’hôtel propose également des initiations aux cérémonies du thé que je n’ai hélas pas pu tester – peut-être une prochaine fois, en tant qu’éternelle consommatrice de matcha. Et cette fois, soyons dignes : je le prendrai sans lait.

Shiba Park Hotel, Préfecture de Tokyo, Tokyo, Minato-ku Shibakoen 1-5-10 , Japon

Recommandation écrite dans le cadre d’une invitation

Et sinon, on mange quoi ?

Les sandos les plus garnis de Tokyo chez Chermside

Cela faisait un petit moment que je voyais l’adresse tourner et il me tardait de tester. Direction donc l’un des deux restos dans le quartier plutôt jeune et branché de Harajuku (à noter qu’ils sont également à Shibuya), où l’on trouve certes de quoi refaire sa garde-robe alternative, mais pas que. La preuve, je commande tout naturellement la star de la carte, à savoir le sando au bœuf wagyu. Généreux, il dégouline de viande, de sauce, et d’un goût secret que je ne peux partager – ne le connaissant pas moi-même ! On pourrait craindre l’occlusion intestinale, il n’en sera rien. Le tout est très digeste et se mange très facilement, rien n’est sec, que ce soit le pain, le cumul de viandes – vous en ferez tomber du sandwich et pas de panique, c’est le game - ainsi que les frites. Alors oui, ce n’est pas un endroit très « local » ou « typique » (uniquement des clients américains ou allemands le jour de mon crash test), mais une pause culinaire plus occidentale ne peut pas faire tant de mal que ça, si ?

Chermside Harajuku, Jingumae, 1 Chome−6−8 井口ビル 2F

Un plat de pro-muscu chez Oyakodon Senmonten Marukatsu

J’aurais aimé gatekeep cette adresse encore des années tant elle ne semble pas connaître de buzz mais je ne puis. Le resto se trouve dans une petite rue à Ginza, et propose exclusivement des oyakodon. À l’intérieur, peu de place (il s’agit clairement d’une partie de la maison des cuistots comme c’est souvent le cas au Japon), quelques tables, et juste à l’entrée une machine à l’ancienne où l’on choisit son plat et on paye en pièces et en billets. Mais surtout, du kiffe. En moins de cinq minutes, votre bol débordant de riz et d’œuf devrait arriver. Personnellement je prends toujours l’option très poivrée. Je ne saurais vous décrire plus précisément à quel point chaque cuillère est délectable. Oui, j’entends, c’est un plat qui se voudrait peut-être rapide à reproduire, au regard de la « banalité » de ses ingrédients. Mais simple ne veut pas dire facile : c’est cette combinaison, ce savoir-faire, cette maîtrise qui transforme ce plat random en nectar. Essayez donc, et vous comprendrez mieux.

(Oyakodon Senmonten Marukatsu), 〒104-0061 Tokyo, Chuo City, Ginza, 4 Chome−4−1 銀座Aビル 2F

Toujours kawainé toujours cute

Par Mélissa Chevreuil

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