Une fois de plus, rares sont les hommes qui ont brillé ou simplement respecté le thème de l’année, à savoir « Fashion is Art ». Tentons de comprendre pourquoi (spoilers : paresse et misogynie sont de la partie).
J’ai une mémoire sélective. Il y a des petits moments comme ça, anodins, sans conséquence, qui traînent pourtant dans ma tête depuis des années sans payer de loyer. Comme cette fois, dans mon ancien bureau, où un collègue du genre masculin, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, arrive dans l’open space. Il avait un événement important le soir et avait décidé de faire un effort et de sortir de sa zone de confort, composée de vêtements amples, aux couleurs neutres et aux connotations très sportswear. Il est donc arrivé… avec un pantalon chino beige et une chemise côtelée dans les mêmes tons. Rien de plus. Rien de moins.
Gênée, je n’ai pas osé lui dire que, pour moi, il était hors thème. Et j’ai bien fait : autour de moi, frénésie générale, toutes les bouches, celles de mes collègues du genre féminin, scandaient en chœur : “Wouah, beau gosse !! Tu vois quand tu veux !!”. Loin de moi l’idée d’être la petite boule d’énergie aigrie de service, évidemment : je suis la première à encourager mon entourage dès lors qu’un petit effort est fait. Mais là ? Vraiment ? Comment peut-on saluer une tenue aussi casual et random de manière sincère ?
Adrien Brody au Met Gala ou la définition du Bare Minimum
Ce souvenir ne reste pas par hasard dans ma mémoire. Il est avant tout l’enfant du double standard.
Double standard mais zéro effort
Je m’explique, même si je n’ai pas la prétention de vous apprendre quoi que ce soit : si on attend toujours plus des femmes, on attend toujours moins des hommes. Ou le fameux « bare minimum ». Quand une femme doit s’infliger une taxe rose et tout un budget autour des soins et de l’esthétique, on applaudira debout, et bruyamment, un homme qui… se rase. Met autre chose que de la crème Nivea le matin. Ou porte du parfum ET du déo.
C’est triste, mais c’est réel. Et symptomatique d’une époque, ou plutôt de l’addition de plusieurs. Ce double standard est partout et dans toutes les sphères, même celles des étoiles, aka les stars invitées au Met Gala dont je ne faisais, curieusement, pas partie.
Alors évidemment, certaines femmes avaient, avec tout mon respect, une tenue assez boring (coucou Rosé des Blackpink), voire totalement hors thème (coucou ma sœur cachée Loli Bahia). De manière générale - et je ne risque pas d’entrer dans leurs petits papiers - j’ai beaucoup de mal avec tous les looks signés Chanel. Oui, même celui de Jennie. Simples, voire simplistes, pour ne pas dire mortifères.
Mais quid de tous ces hommes qui n’ont absolument pas joué le jeu ni respecté le thème qui était, je le rappelle, « Fashion is Art » ? Je vous laisse regarder les looks full black et ennuyants à mourir de Jay-Z, Rami Malek ou encore Hugh Jackman, qui ont confondu énième tapis rouge et sincère célébration de la mode — même si la présence de Jeff Bezos, président d’honneur, apporte évidemment une ombre au tableau, mais là n’est pas le sujet.
Une tenue pour le Met Gala ou un mariage à Poitiers ? Who knows
Je ne cite que ces trois noms, mais j’aurais pu faire un name-dropping qui aurait rempli tout un paragraphe. Même Bad Bunny, qui a impressionné par son maquillage vieillissant, n’a pas donné grand-chose à travers ses sapes, let’s be honest…
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