Ou comment une micro-trend qui paraît girl's girl et queer friendly au demeurant ne puise finalement que dans des poncifs misogynes et problématiques.
« J'ai vécu ma première relation lesbienne… ce n'était pas avec une femme mais avec un homme qui se comportait comme une s*lope ». C'est une micro-trend qui aura peut-être échappé à votre feed TikTok, et si oui, grand bien vous fasse. Hélas, je suis tombée dessus une, deux, voire trois fois. Cherchant un peu désespérément le #humour, en vain. Car si, pour moi, il ne s'agirait là que d'une vanne de bar entre deux amies éméchées, cette blague probablement dite et pensée cache son lot de problématiques et de poncifs misogynes et homophobes.
Ce qui devrait d'abord vous interpeller, c'est le début de cette « blague » : qu'est-ce que les lesbiennes ont à voir avec ça ? Certaines concernées ont réagi à la trend, s'excusant d'être « trop wokes » mais en leur demandant tout simplement de ne pas être comparées à des hommes – à raison ! Sans le savoir, la trend puise dans un autre trope ancien, qui est que les relations entre femmes sont, comme aime souvent le montrer la culture mainstream, théâtrales, dramatiques et malsaines. C'est que pour percer, de plus en plus d'utilisatrices évoquent le terme « lesbienne » davantage comme « un mood », une expérience émotionnelle plutôt que comme une réelle orientation sexuelle – on ne reviendra pas sur la palanquée de trends et danses bien gênantes qui n'avaient pour but que de feindre l'ambiguïté sous couvert de male gaze.
Mais pour être tout à fait honnête, je crois que ce qui m'a d'abord heurtée, peut-être car c'est un sujet de conversation récurrent avec mon amie Marie aka Niemesia sur les réseaux, c'est cette facilité qu'ont les hommes (mais aussi les femmes !) à féminiser un autre homme pour le rabaisser et l'insulter, conjuguant à la fois misogynie et, le plus souvent, homophobie.
Je fais peut-être un pas de côté, mais il y a toujours eu quelque chose qui m'a embêtée avec l'expression « garçon princesse » — forte de son succès depuis quelques années — tant elle fonctionne sur un schéma profondément lié à l'homophobie masculine. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je vous vois venir : je hais profondément les hommes qui nous laissent toute la charge mentale, voulant jouer les conquérants mais ne demandant finalement qu'à être maternés. Or, avec l'expression « garçon princesse », on ne remet pas qu'en cause leur passivité quant aux décisions à prendre. On se moque également du fait qu'ils peuvent être « jolis », coquets, doux, ou tout du moins pas aussi performatifs dans la masculinité plus classique qu'à l'accoutumée, ralliant de facto leur féminité à quelque chose de faible. Ceci n'engage que moi mais je vous laisse méditer sur le sujet.
Si l'on revient à la trend, le mot « salope » n'est que rarement utilisé pour valoriser une femme. Si certaines se le réapproprient bien volontiers, ce n'est que rarement en France – constatez qu'on parlera plus souvent de « slut » ou « cunt », insultes misogynes aujourd'hui symboles de pouvoir. En français en revanche, on en est encore loin, la distance avec la langue de Molière étant forcément réduite. Certes, certains hommes parlent parfois d'eux-mêmes avec des termes comme « reine » ou « diva » de manière plutôt flatteuse, tout en restant « niche » car communautaire (je vous défie de trouver beaucoup d'hommes hétéros et cisgenres se qualifiant eux-mêmes de reine).
Le mot « salope », lui, nous rappelle inévitablement une sexualité « sale », marginale et un comportement social qui ne saurait être accepté. Même si dans la trend, je présume que le ressort comique n'est pas seulement de « slut shamer » ledit homme, mais surtout de le mépriser à cause de ses comportements associés au féminin. Cette féminisation devient donc un langage d'humiliation sous couvert d'humour recyclé par… des femmes elles-mêmes. Très paradoxal, car j'imagine que la vidéo de base avait pour but de critiquer la toxicité de l'attitude masculine. C'est ce qu'on appelle un joli but contre son camp et une victoire globale de la misogynie.
Une bouchée d'Italie chez Ninetta
Les vrais le savent : on reconnaît un bon restaurant italien à la qualité de sa pizza margherita. Si elle est réussie, alors c'est la promesse que tout le reste de la carte sera de qualité. Alors forcément, chez Ninetta, situé pile entre la Tour Eiffel et les Invalides, j'opte pour la fameuse pizza napolitaine. Je ne ferai pas durer le suspense inutilement : c'est un succès certes attendu, le mets étant plutôt simple, mais avec une pâte parfaitement maîtrisée. Le tiramisu en dessert est également bien riche en saveurs, même si le biscuit manque peut-être un peu de croquant, mais vous connaissez, les goûts et les couleurs. Points forts parmi d'autres : la cuisine est ouverte en service continu, ils proposent une panna cotta au caramel (fait pas si commun) et de 15h à 18h30, c'est l'happy hour avec la fameuse margherita citée plus haut à seulement 9 euros. Vu le lieu, ce serait peut-être bête de ne pas en profiter.
Ninetta, 17 rue Malar 75007 Paris
Et une autre bouchée du Japon chez Best Bread Boba
Le hasard fait parfois bien les choses. À Amsterdam, j'avais tenté de mettre le nez dans une pâtisserie nippone ultra virale nommée Best Bread Boba et tenue par Yishi Huang. Mais découragée par la file d'attente, j'avais déclaré forfait. Quelque temps plus tard, voilà ma revanche, non pas à Amsterdam, mais bien à Paris, et plus précisément à Belleville. C'est donc dans l'un des Chinatowns historiques de la capitale que la boulangerie s'offre une deuxième boutique, proposant aux amateurs de bon pain le fameux « shokupan », un pain ultra moelleux aussi satisfaisant dans la bouche qu'entre les mains (pitié les millennials, ne me dites pas « titre », merci). L'adresse est vouée au succès, déjà car, comme on me souffle en cuisine, « nous ne connaissons pas de plus grands passionnés du Japon que les Parisiens ». Mais aussi car côté boisson, on peut compter sur le désormais célèbre matcha de Miyabi Matcha, situé dans le 8e. L'adresse avait déjà joui d'une forte hype à son ouverture grâce à ses crêpes au matcha et à la crème brûlée. Vous ne serez ainsi pas surpris d'apprendre que Sekai Hirata, son propriétaire, fait également partie du projet. J'ai eu la chance de tester une grosse partie de la carte et, sans surprise, tout est validé avec quelques préférences très assumées – le croissant à la truffe est ma nouvelle obsession et je risque de reprendre plus d'une fois le shokupan rose avec fraises intégrées. Une pure gourmandise à consommer sur place ou à emporter.
Best Bread Boba, 14 rue Civiale, 75010 Paris