Je vous vois venir. « Encore un article entre deux canicules ? Change de disque. » Oui. Et non. Car c'est en m'exilant quelques jours dans le sud-ouest (mais j'y reviendrai dans quelques lignes) auprès d'autres journalistes parisiens que j'ai réalisé le petit traumatisme que nous avons toutes et tous vécu avec cette semaine passée sous un ressenti de 44 degrés. Les fenêtres ouvertes, même quand il fait froid. Le fait de checker la météo à peu près dix fois par heure, à minima. Savourer chaque fugace moment de joie : porter une veste le soir, un froc un peu épais, avoir un frisson dans la nuque, un vent frais et pas lourd dans les cheveux. Enfin, nous avons retrouvé les plaisirs du quotidien, loin de chez soi.
Car comme le dit si bien un confrère de Libération, cette canicule avait des airs de confinement forcé. Que l'on travaille ou jouisse d'une clim ou pas, nous avons tous été confrontés à un moment donné à l'impossibilité de respirer – certains plus que d'autres, et nous plus que Yann Barthès, c'est certain. Qu'est-ce qu'il reste de cet épisode de juin, succédant à un déjà compliqué épisode de mai plus précoce que votre ex ? Un marronnier qui revient à chaque conversation avec les proches (« ah il fait bon ce matin quel plaisir »), une paranoïa aiguë quant à l'avenir aidée par des sites météos plutôt pessimistes et surtout, et c'est là où je veux en venir, une santé mentale en dent de scie.
Car si j'étais, comme tout le monde, mi-horrifiée, mi-amusée bien malgré moi par la guerre civile dans les Lidl pour quelques climatiseurs et ventilateurs, j'ai surtout eu de l'empathie. J'ai vu les miens : des gens qui ont morflé, mal préparés, et qui ne veulent plus revivre ça. Je me pensais forte, plutôt coriace, même si je n'ai jamais tenu la chaleur pour être honnête, surtout en ville. Cela fait plusieurs étés que j'encaisse des vagues de canicule dans un appartement en plein Paris, très exposé (mon bonheur l'hiver, moins l'été) et je sais que, comme chaque année, le package de semaines juin/juillet s'annonce difficile. Mais là ? Jamais je n'avais autant souffert, oscillant agilement entre colère, fatigue, aigreur et désespoir. Mon récit n'est pas exceptionnel : comme vous, je me réveillais en plein milieu de la nuit trempée par une sueur froide – et encore, pour cela, il fallait dormir, un luxe. Comme vous, je me suis mise à guetter chaque coin d'ombre, d'air climatisé, évitant tel resto, privilégiant telle ligne de métro, quitte à prendre de sacrés détours et arriver en retard.
Ce que je ne pensais pas, c'était à quel point mes humeurs allaient être affectées. Et je vous l'avoue : plus d'une fois, j'avais envie de pleurer. Mais les yeux étaient trop secs pour en arriver là. Sur TikTok, l'algo faisant bien les choses, je vois des dizaines et des dizaines de témoignages. Et soudain, on devient tous le fou du bus de quelqu'un, et ça chiale devant le ventilo qui dégage uniquement de l'air chaud. Vous avez réussi à pleurer, vous ? Ou juste l'envie ? C'est normal et je vous dis pourquoi.
Ok on pleure, mais pourquoi au juste ?
Comme je l'ai dit, nous avons été bien malgré nous confinés. À nouveau. Et même si ce n'était pas le cas, force est de constater que la chaleur a influencé notre quotidien, nos déplacements, nos interactions sociales… priver un homme de sa liberté et le meilleur moment de lui faire perdre toute volonté (je crois que je plagie un philosophe, mais lequel, alors là…). L'impression d'être coincé, forcément, ça pèse sur le moral. Il y a aussi le fait qu'on ne dort pas. Évidemment qu'on est fatigués. Mais c'est cette même fatigue qui rend plus sensible, susceptible, irritable et donc à fleur de peau. De même, parce qu'on n'a plus d'énergie, on a l'impression que tout est un challenge. Faire à manger, du sport, faire entendre raison à quelqu'un… ou même juste dialoguer. Vulnérable, l'échec ou juste la difficulté se fait bien plus ressentir. Pour tout vous dire, j'ai failli pleurer car je n'arrivais pas à ouvrir mon bain de bouche. Oui, on en est là. Et encore, n'oublions pas les oubliés : les personnes qui sont déjà en mauvaise santé, mentale ou physique, et qui prennent des médicaments au quotidien, surtout des antidépresseurs. Celles-ci sont plus sensibles à la chaleur sans même que vous ne le soupçonniez – mais maintenant vous le savez, plus d'excuses donc, et prenez particulièrement soin d'elles et d'eux.
Je serai curieuse de savoir comment vous avez vécu l'épisode de chaleur et si vous avez des petites astuces, non pas pour refroidir votre pièce à vivre ou baisser la température corporelle (quoique, à votre guise) mais plutôt quels « tips » vous avez pour ne pas devenir folle et fou sous la torpeur. Écrivez-moi et peut-être que je partagerai tout cela durant la prochaine canicule qui arrive cette semaine, ma foi !
Vous avez également pleuré pour la défaite du Japon ? C'est normal
« Japan lost the cup but won the world ». Sur les réseaux, beaucoup de spectateurs, aguerris ou footix, ont exprimé leur peine quant à la défaite du Japon, éliminé de cette coupe du monde de football par le Brésil qui l'emporte 2-1. Même moi, devant ma télévision, j'avais un petit pincement au cœur. Alors qu'il faut bien l'avouer, l'équipe nippone n'a pas aussi bien joué que les Brésiliens. Pas d'inquiétude, je ne ferai pas d'analyse de match, mais disons que si leur défense était en première mi-temps excellente, ils manquaient clairement de prises d'initiatives dans la seconde. Il n'empêche, sitôt le second but marqué par les offensifs Brésiliens, j'ai carrément éteint le téléviseur, préférant déserter vers la plage. Je ne voulais pas voir les larmes des joueurs, se tenant la tête ou laissant le poids du chagrin écraser leur corps sur la pelouse. Les « ARIGATOOOOOO » des supporteurs, déchirants.
Et, au regard des milliers de posts, je ne suis vraiment pas la seule. Mais pourquoi on a toutes et tous le « goumin japonais » ? Pour sûr, il y a le côté « David contre Goliath » : on aime par essence les outsiders. Le Japon, face à un multiétoilé Brésil, en était un de choix. Parmi les chouchous de cette coupe du monde, leur équipe avait tout de même réussi à impressionner par un jeu collectif, son intensité (la contre-attaque éclair !) et son organisation. La défaite contre l'expérimenté Brésil, c'est un retour à la réalité adoubé de la fin d'un conte. Non, un pays d'Asie du Nord-Est n'ira toujours pas plus loin et ne marquera donc pas l'Histoire du foot et d'une nation. Même si l'issue de cet affrontement était assez logique, beaucoup espéraient que les Japonais continuent leur exploit et leur progression. À noter que le pays est devenu celui qui a disputé le plus de matches à élimination directe en Coupe du monde… sans en avoir remporté un seul. Une malédiction plus qu'un record dont il se passerait bien.
« Le projet Blue Lock n'aura donc pas lieu »
Le duel fut aussi très symbolique et culturel : le Brésil abrite la plus grande diaspora japonaise du monde, et le Japon comprend une large communauté de Brésiliens, notamment des descendants de ces immigrés revenus sur l'archipel pour y vivre et travailler. Au-delà du sport, ces deux nations sont connectées avec souvent des supporters ayant le derrière entre deux chaises.
Enfin, notre lien indéfectible, en tant qu'occidentaux, avec le soft power japonais, semble être une des réponses les plus évidentes, si pas la première. Beaucoup ont été biberonnés avec des shonen sportifs comme Olive et Tom puis Blue Lock. Forcément, cela crée un attachement pour les Japonais, d'abord à travers des joueurs imaginaires et fantasmés, puis pour les vrais. D'aucuns ont multiplié les montages, edits, en faisant le parallèle avec des scènes d'anime, quand certains n'ont même pas eu besoin de montage ou d'IA. Un simple clip isolé d'une action suffit à leur faire penser à un manga. Et si j'ai tendance à trouver problématique toute l'exotisation de l'association “japonais en détresse = personnages d'anime” (je vous en parlais déjà ici avec l'exploitation des personnages âgés forcés de travailler jusqu'à leur mort), ici, j'ai tendance à voir la chose avec une certaine tendresse. Puisqu'il ne s'agit pas d'exagérer ou glamouriser un échec, mais, a contrario, de le rendre humain. Ni plus, ni moins.
Bon, et sinon, cet exil dans le Sud-Ouest ?
« Soulac ». Quand le mot a pop dans ma boîte mail, je me souviens m'être dit « c'est qui ? c'est quoi ? ». Désolée, j'ai beau être allée je ne sais combien de fois au Japon (#prouveuse), je ne connais visiblement pas mon propre pays par cœur. Raison de plus pour découvrir Soulac-sur-Mer, station balnéaire à deux heures en TER de Bordeaux. Et honnêtement, juste après l'épisode des enfers que fut la canicule de juin, ça ne pouvait pas mieux tomber. J'ai eu un petit crush pour l'endroit, qui s'impose comme une très belle alternative aux sempiternels Saint-Malo, Lacanau, Deauville ou autre Touquet. Mon petit résumé version FAQ :
Pour qui ?
Honnêtement, tout le monde : en voyage solo, en binôme, en groupe de potes, en couple, en famille… J'ai vu, au cours de ces derniers jours du mois de juin, toutes les configurations possibles, avec tous les âges et tous les statuts de parenté. Je recommande toutefois d'avoir de quoi louer une voiture sur place car même si pas mal d'endroits sont accessibles à pied ou en vélo, la voiture reste le nec plus ultra pour voir les villages aux alentours.
On dort où ?
Le plus simple est de consulter Soulac-Locations qui propose plusieurs logements aux différents standings. Personnellement, j’ai logé à l'hôtel Michelet, à littéralement cinq minutes de la plage d'où mes sorties sunset totalement improvisées chaque soir du séjour.
L'esprit est du genre « familial », l'hôtel est convivial, le personnel au petit soin dans ce petit espace (il n'y a que vingt chambres), et propose même une cuisine si on veut se faire à manger et sauter la case restaurant. Le petit déjeuner y est très bon et bien sourcé, à prendre dans la véranda ou le jardin privatif pour bien commencer la journée. Pour les plus gros budgets et ceux désireux d'une vie à la The White Lotus, Soulac-Locations a aussi la villa de vos rêves : la villa Jeanne d'Arc. Bijou d'agencement, j'ai rarement vu un endroit exploiter le moindre centimètre à ce point.
C'est décoré avec élégance mais aussi modernité et capable de recevoir douze personnes, voire plus si vous aimez jouer à cache-cache. L'avantage, c'est que même si le cadre est familial, l'espace proposé et l'architecture permettent de conserver toute forme d'intimité, ce qui n'est pas toujours le cas avec les villas à partager. Les autres petits (grands) plus ? La terrasse ombragée au rez-de-chaussée et celle à l'étage avec vue sur l'océan, propice à vos plus beaux dates devant le coucher du soleil – oui, j'en parle beaucoup de ces sunsets décidément, mais encore une fois, ils valent tellement le coup !
On mange où ?
Je ne cesse de le répéter : la meilleure nourriture française se trouve loin de la capitale, n'en déplaise à mes parigots pure souche. Alors à Soulac-sur-Mer, on n'a que l'embarras du choix, pour peu que l'on s'éloigne de l'eau. C'est une autre de mes règles : plus le resto est près de la mer ou de l'océan, moins la nourriture sera raffinée. Pas toujours vrai, mais je vous invite à vérifier l'adage créé de toutes pièces par mes soins. Ainsi, le LB propose des assiettes copieuses et bien présentées, avec un coup de cœur pour le « snickers » en dessert mais revisité.
La Station 1900 propose de très bons mets, tant de la mer que de la terre. N'étant pas fana de poiscaille (ballot, je sais), j'ai opté pour la joue de bœuf qui m'a laissé un souvenir ému. Le Médulien et sa déco d'époque, avec ses jolies assiettes en porcelaine, propose également une carte très chic et un menu déjeuner des plus compétitifs. J'y ai mangé l'une de mes meilleures pintades. Évidemment, parfois, on se prend aussi moins la tête, vacances obligent : petite glace par-ci, french tacos par là, le bonheur est dans les choses simples, même s'il faut manger cinq fruits et légumes par jour, paraît-il. Et pour mes amateurs de matcha, sûr, pas de panique, il y a même le coffee shop Merlo qui propose de très bons cookies avec un matcha fourni par le groupe Umami, référence du genre.
On fait quoi ?
Ne nous mentons pas, si vous aimez les aventures rythmées, prévoir plus de trois jours à Soulac-sur-Mer semble déceptif et/ou présomptueux. Mais justement. C'est l'occasion de savourer une slow life. L'endroit a une architecture folle, avec son armada de villas colorées dont on ne se lasse pas. Elles m'ont tantôt fait penser à celles de Lille ou Londres avec leurs briques d'un rouge vif, tantôt aux « painted ladies » de San Francisco. Une balade en vélo permet de les collecter à la manière d'une mission “remplir son Pokédex”, et plus on s'approche de la statue de la Liberté (car oui, on parlait States mais il y en a justement une) et des piscines naturelles, plus leur design varie, laissant place à des maisons d'architecte bien plus modernes. Si vous avez une voiture, vous pouvez voir les villages et ports aux environs qui ne manquent pas de charme, comme le port de Talais, petit coup de cœur, tant il fait penser à la version cachée d'un village tunisien ou grec.
Entouré de champ de tournesols, sa tranquillité en fait l'échappatoire idéale. Autre activité qui se mérite, la visite du phare de Cordouan, qui se fait via une traversée en bateau elle-même divisée en deux étapes. Prévoyez facile quatre heures dont plus de la moitié pour ladite traversée.
Si le phare a beau être impressionnant esthétiquement parlant pour les fans de pierre, il reste rapide à explorer si vous sautez la visite guidée – à noter qu'il comprend 300 marches. Enfin, vous êtes à une station balnéaire alors cela va de soi, vous pouvez aller à l’une des plages de sable, vous baigner, surfer même. Et surtout, profiter de très, très beaux couchers de soleil, j'insiste, persiste et signe, preuve à l'appui. Encore loin du prime de fréquentation et en pleine semaine, mes odyssées furent quasi solitaires, et j'avais la plage pour moi toute seule ou quelques chiens (l'animal, pas l'homme hein). Un délice.
Review écrit dans le cadre d'une invitation
