Depuis quelques jours, un faux débat dirige mon feed TikTok. Comment ça, le groupe Katseye aurait autant de mioches dans sa fan base ? L’élément déclencheur : le concert du girls band, à l’Accor Arena, le 9 septembre dernier. Plusieurs créateurs de contenus ont alors partagé leur malaise en découvrant près d’eux, dans la fosse comme les gradins, de nombreux fans très, très jeunes : on parle de collégiens, mais aussi d’enfants encore en primaire venus avec leurs parents, quelque peu dépassés. Je vous rassure (enfin peut-être pas), cette newsletter ne sera pas centrée sur le public de Katseye, tout simplement car pour moi il s’agissait d’une fausse révélation. Alors certes, le groupe a des titres pas franchement faits pour évoquer quoi que ce soit à des mineurs (sans doute qu’ils se demandent pourquoi les filles aiment autant les fruits quand elles chantent « Hootie Frutti »).
Mais cela serait oublier que la formation elle-même a des membres très jeunes (Yoonchae a 18 ans), que le géant HYBE se cache derrière et connaît la recette pour plaire aux ados du monde entier. Et surtout, le groupe a été formé via une télé-réalité sur Netflix essentiellement consommée par des adolescents et jeunes adultes, ceux-là même qui, dans la foulée, ont dû avoir K-Pop : Demon Hunters en recommandation (aucun souci à cela, on aime tout ici). Bref, pas de quoi jouer les choqués. Or, c’est plutôt ce qui découle de cette confrontation adultes vs adolescents dans la même salle qui m’intéresse. Même moi, qui suis beaucoup le groupe depuis ses balbutiements, je me suis sentie… étrange. Comme si je me jugeais moi-même. « Comment ça, j’écoute la même musique que des enfants ? » ai-je alors pu penser, un peu honteuse. Mais est-ce si grave que cela ?
Jeune public = musique sans valeur ?
Cette impression est sûrement liée à un vieux poncif : il y a des choses de notre âge, d’autres moins. Cela se traduit dans tous les arts, passions et loisirs : de la littérature, les jeux vidéo, mais aussi la musique donc. Avec le temps, on est censé délaisser les mangas et bandes dessinées pour les romans et essais, la licence Mario pour GTA. Mais aussi les mélodies faciles pour des chansons à texte, la pop sucrée pour des morceaux plus engagés, histoire d’être enfin validé par un jury pas si invisible qu’est la société. Le hic, c’est que ce jury n’existe pas, ou plutôt qu’il n’a aucune autorité sur ce qui peut nous faire du bien à écouter.
Aussi, je suis convaincue que la gêne ressentie au concert de Katseye (que j’ai ressentie souvent et à bien des égards durant des concerts de K-Pop) ne vient pas de la musique elle-même. Elle vient d’un vieux stimulus : associer un « jeune public » à « musique sans valeur ». Comme si la présence d’une certaine jeunesse suffisait à disqualifier artistiquement ce qui s’y joue. On retrouve ce principe de manière générale à tous les boys et girls bands, aux chanteurs aux paroles plutôt légères misant davantage sur l’efficacité du beat que sur la richesse du vocabulaire utilisé ou des thèmes explorés. Évidemment, on ne peut pas ne pas penser à Rnboi, rapidement qualifié avec mépris de « chanteur tasty crousty ».
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