Je ne suis pas de celles qui peut se targuer d’avoir eu mille et une vies stylistiques. Des expériences vestimentaires loupées, risibles au point de ressortir de vieux dossiers. Pas de cheveux décolorés, de piercings audacieux, de tatouages regrettables (j’espère, je crois), de fringues incroyables, dans le bon sens comme le mauvais du terme. J’ai, jusqu’à la fac, plutôt suivi les tendances sans trop chercher à sortir des sentiers battus, sauf si vous considérez une frange un peu trop épaisse et grasse comme une vraie faute de goût. Il y a toutefois une petite extravagance que je ne me suis que peu refusée, qu’importe ma silhouette ou les temps scolaires : les pantalons.
Je n’ai eu peur ni de leur matière ni de leurs motifs (oui, je fais partie de ces gens qui ont porté un sarouel aux motifs aztèques et j’y repense chaque jour) et, évidemment, encore moins de leur couleur. Surtout, de leur couleur. J’ai eu de tout : un skinny bleu électrique pour faire comme Amélie Neten des Anges – mais qu’est-ce que je vous avoue là même ? Une palanquée de pantalons avec un dégradé de rouge, vin, bordeaux. Un pantalon vert très vif, que j’associais volontiers à une paire Isabel Marrant probablement contrefaite achetée à un prix pas si bas sur l’ancêtre de Vinted. Le plus abominable ? Un pantalon saumon Tommy Hilfiger qui me conférait des idées politiques que je n’ai pourtant pas et qui, je n’en doute pas, ne devait pas mettre grand-chose en valeur chez moi. En revanche, s’il est bien un amour que j’ai gardé, c’est celui du pantalon clair. Très clair. Blanc. Et visiblement, ça ne plaît pas à tout le monde.
Entre la tasse Hannah Montana et l'Ice Watch en plastique, compliqué de se focus sur le pantalon couleur vin rouge je le reconnais
À commencer par mon amie Marie aka Niemesia, qui aime me rappeler régulièrement depuis quelques semaines qu’elle n’est pas dans ce train-là. Et si j’aimerais pourtant qu’elle monte avec moi plutôt qu’elle reste sur le quai, je la comprends. Dans l’opinion publique française, le pantalon blanc est lourd de sens mais pas forcément de style. Je trouve cette pièce mode pourtant passionnante. En Hexagone et à mon sens, on a tendance à uniquement l’associer à deux catégories. D’abord, aux flambeurs très BCBG, qui le porteront volontiers avec des mocassins sans chaussettes – un crime – ainsi qu’avec un polo flashy ou une chemise rayée. Ensuite, à une certaine bourgeoisie, qu’il ne faut pas confondre avec la catégorie plus bling-bling citée plus haut. Les premiers sont à retrouver dans la torpeur sonore d’Ibiza. Les seconds préfèrent le charme d’une île présumée déserte dans les Cyclades – on ne juge ni l’un ni l’autre, ici on visite les deux. Leur monde se croise parfois le temps d’un week-end à Deauville ou en Côte d’Azur. Reste que la deuxième catégorie portera le blanc avec un pantalon fluide, plutôt en lin, idéal pour faire la transition entre le tennis de l’après-midi et la sortie en voile du soir. Quoi qu’il arrive, vous l’aurez compris : le pantalon blanc a une connotation sociale très figée. Et voici pourquoi.
Historiquement, c’est cohérent. En France, la « culotte blanche », qui allait jusqu’au genou, était l’apanage de la noblesse et de l’aristocratie. Le port était déjà à l’époque un marqueur de camp social et politique, d’où la révolte des « sans-culottes ».
Le pantalon blanc c'est...
C’est encore plus vrai en Angleterre. Dès la fin du XIXe, sa version en flanelle devient le petit péché mignon du bourgeois amateur de cricket ou de croquet. Et porter du blanc durant un sport est tout sauf l’amour du risque. C’était une manière de dire « je n’ai pas peur de me salir car j’ai largement de quoi nettoyer, voire remplacer ». À la ville, même message : le blanc dit implicitement qu’on ne fait pas de travaux manuels susceptibles de tout détruire.
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