Kessel

J’insiste : branchez-vous télé-réalités japonaises et sud-coréennes (oui, je radote)

Après un premier article sur le sujet bien accueilli, me revoici avec de nouvelles recommandations qui mettront votre féminisme à rude épreuve.

Aimer les hommes en tant que femme n’a jamais été aussi difficile qu’en 2026 pour les Japonaises ou les Sud-Coréennes. Non, ce n’est pas un « hook » facile, et c’est surtout un inévitable constat lorsqu’on regarde les deuxièmes saisons respectives de la nippone Badly in Love ou de sa voisine sud-coréenne Mieux vaut tard que célib. Mais au-delà du divertissement, de la curiosité malsaine (qui sortira avec qui à la fin ?), comme toutes les émissions de télé-réalité, celles-ci sont de formidables miroirs de nos sociétés, nous permettant de mieux analyser les relations hommes-femmes, et même avec notre regard occidental. Car vous allez le voir, au final, certains phénomènes misogynes regrettables sont assez mondiaux…

Des hommes qui ne courent pas

Commençons par la première sortie, la saison 2 de Mieux vaut tard que célib, donc. Pour mémoire, le programme de dating sur l’île de Jeju a pour but de réunir d’éternels célibataires (ou, à défaut, des candidats n’ayant que très peu d’expérience). Chacune et chacun a eu le droit à son petit relooking pour mieux correspondre aux standards de beauté du pays. Comprenez par là un régime pour certains, un rasage de barbe et une coloration anti-cheveux blancs pour d’autres. Si nombre d’internautes se plaignaient déjà de la timidité des candidats masculins de la première salve d’épisodes, il faut admettre qu’elle pouvait parfois se révéler charmante, voire désarmante — qui a oublié le candidat qui a sauté dans les buissons façon K-drama car il a surpris par mégarde une conversation à son égard ?

Mais cette année, les hommes ne sont pas juste introvertis ou timides… ils sont surtout passifs. Très passifs. Et ça, ça n’a pas manqué d’être repéré et soulevé par les spectateurs, de Corée du Sud comme d’ailleurs. Beaucoup ne parlent que très peu en date, malgré toute la magie du montage pour les montrer sous un jour un peu plus énergique. La majorité ne pose jamais de questions, se délectant de silences encombrants, mais sans appréciation réciproque. Quand d’autres demandent carrément à leur prétendante d’être un peu plus entreprenante malgré déjà une constellation de signaux au vert.

Pire, lors de certaines mini-épreuves, les candidats doivent récupérer des objets cachés ici et là, ce qui leur permet d’accéder à des « bonus », comme par exemple le journal intime de leur crush. De manière systématique, les femmes courent à tous azimuts afin de récupérer le précieux. Les hommes, eux, marchent avec nonchalance au mieux, ou restent dans la cuisine, ne feignant même pas de cacher leur évidente flemme de jouer le jeu. Ce qui n’est pas très respectueux pour les candidates, dont l’énergie est proportionnelle à leur mollesse. Ce qui est amusant et intéressant à interpréter d’un point de vue sociologique, c’est que même le TikTok français regrette ce grand écart en termes d’attitude alors que ce même TikTok adore propager des clichés hétérocentrés comme « un bon couple est composé d’un homme golden retriever et d’une femme black cat ». Comprenez par là, un homme très extraverti et un peu « chien fou » avec une femme plus mystérieuse et en retrait. Si vous me posez la question, je ne pense pas qu’il existe une combinaison imparable. Mais une chose est sûre, la présumée nonchalance ne plaît pas, même aux Sud-Coréennes, si on en croit l’issue finale de cette deuxième saison.

Racisme et misogynie chez les yakuzas

Concernant Badly in Love aussi, il y a des choses à dire et redire. Même s’il faut sans doute encore plus de codes sociaux tant le programme est différent. Car les candidats ne sont pas des Japonais random : ce sont toutes et tous des marginaux, certains ayant fait de la prison, beaucoup travaillent encore dans des bars en tant qu’hôtesses ou hôtes, et l’un d’eux a même suffisamment fricoté avec les yakuzas pour avoir un doigt en moins — un rituel qui permet de montrer son allégeance à son gang ou de demander pardon. Forcément, ces « parias » ont tous un gros background personnel et le trauma bonding fuse dès le premier épisode. Mais pas tant pour créer un lien avec un crush ou même le spectateur random, mais plutôt pour s’excuser auprès de la société nippone.

Ce qui est intéressant avec Badly in Love, c’est qu’on sent qu’ils cherchent autant à se racheter et à retrouver une vie plus saine qu’à trouver l’amour. Ce qui est regrettable, c’est que pour un œil occidental peu averti, la forme du programme ne donne que peu de crédibilité : des leçons de vie un peu « niaises » pour un Européen sarcastique, des activités de remplissage, des bagarres gênantes au moindre regard et surtout une odyssée sur une des îles paradisiaques d’Okinawa bien trop courte (les candidats ne sont là qu’une poignée de jours versus plusieurs mois pour les éperdus romantiques de The Boyfriend). Autre fait marquant, la misogynie et le racisme très intégrés. Encore une fois, on pourrait parler de différence culturelle, et il y a de cela. Mais ce serait de mauvaise foi que de normaliser certains dramas. Prenons l’exemple de Marina « Maririn », « hafu » (métisse) avec un certain white passing, détail qui n’en est certainement pas un dans la société japonaise.

Cette candidate a rapidement partagé son passé compliqué, entre une famille absente et des ex violents. Rapidement, un candidat, le plus virulent, s’étant déjà battu avec à minima trois autres de ses collègues, admet avoir déjà frappé son ex-petite amie quand il était adolescent. On peut alors se demander l’intérêt de sa participation au programme — sa réinsertion dans la société doit-elle obligatoirement se faire devant la caméra et nos yeux complices, bien malgré nous ? Dès lors, chaque échange entre les deux semble un peu forcé par la production et pourrait être sincèrement très évitable. Pire, les garçons finissent par parler d’elle et remarquent que tous ont un jour eu des compliments de sa part, certains ayant même déjà posé avec elle bras dessus bras dessous pour une photo (ce qui apparemment est beaucoup). Tous conviennent alors qu’il s’agit d’une « traînée », d’une « fille facile » qui utilise la séduction comme moyen d’avoir la sympathie des candidats.

Maririn dans Badly in Love Maririn dans Badly in Love

Pour un Français comme pour un Japonais, le raccourci est fou : déjà, parce qu’on est dans une émission de dating. Le but est, par essence, de flirter afin de trouver l’amour. Le lui reprocher (d’autant qu’elle n’a lié d’affinités exclusives avec aucun candidat) semble un peu étrange. Ma-Kun, le candidat qui, pour des raisons qui m’échappent, jouit d’une image d’homme mature, est celui qui met le feu aux poudres. Après un échange d’apparence sans gravité, il demande à Maririn quel est son genre d’homme. Un peu déroutée bien que souriante, elle répond : « Tu ressembles beaucoup à mon ex violent. » N’importe qui d’un peu censé aurait compris cela comme « tu n’es pas mon genre car tu me fais penser à des violences subies », et donc un rejet. Eh bien pas Ma-Kun, qui s’est empressé de dire qu’il venait d’être dragué par l’intéressée. Ce qui est encore plus déroutant, c’est qu’une autre candidate indécise jongle entre plusieurs hommes, enchaînant les contradictions (rien de mal à cela en soi puisque, encore une fois, c’est aussi le but du jeu), ou qu’une énième a carrément clamé avec fierté qu’elle adorait tromper ses partenaires. Aucune d’elles n’a été accusée de quoi que ce soit. Et il est très compliqué de mettre le fait qu’elles soient 100 % japonaises, ou en tout cas asiatiques, de côté. Cela ne peut pas être anodin. Sans doute que le phénomène de la white horse, terme très péjoratif hérité des guerres et qui associe les femmes blanches à des filles faciles, y est pour quelque chose, mais je vous laisse faire vos propres recherches là-dessus si besoin.

Ma-kun dans Badly in loveMa-kun dans Badly in love

Tout n’est toutefois pas à jeter : les femmes, apprenant cela, décident de retourner la maison et de s’expliquer avec les garçons. En réalité, à chaque fois qu’un homme se comporte mal, sans même chercher à savoir qui a tort ou raison, les filles font preuve de sororité et décident de défendre l’opprimée. Alors oui, ça reste filmé, et on peut toujours se demander à quel point c’est intéressé. Mais au moins, ça a le mérite d’exister dans, on le rappelle, une société où chercher des explications et une forme de justice n’est pas toujours vu du meilleur œil, surtout quand cela vient de la part de femmes.

Et sinon, on mange où et quoi ?

Eh, puisque on a terminé sur une touche nippone, pourquoi pas continuer de la sorte…

Des classiques réconfortants chez Izakki

Si je vous dis izakaya, soit ces restaurants japonais où il fait bon de partager les petits plats et fumer à l’intérieur (bon, OK, laissons ça au Japon et encore heureux), vous pensez certainement à la rue Sainte-Anne ou pas loin si vous êtes parisien. Moins au XVe, et c’est regrettable, car se niche une petite pépite, à savoir Izakki. Ici, pas de fioritures, de course au plat le plus insta-friendly, au mélange improbable créé uniquement pour choquer TikTok. Juste la base de nos plats japonais préférés et rien que la base : udon, ramen, tempura, curry pan (peut-être un peu plus rare !). Pour ma part, je pars sur un oyako don, soit du riz recouvert d’un émincé de poulet et d’un œuf onsen — un peu l’équivalent d’un tasty crousty pour les plus insolents d’entre vous. Un plat faussement facile à préparer et qui dépend surtout d’une bonne balance, ici parfaitement respectée. C’est bon, chaque élément est déjà très efficace séparément, mais l’ensemble se veut assez imparable. Tant qu’à faire, laissez-vous tenter par les gyozas (très bons, et ce n’est vraiment pas toujours le cas) ainsi que par des daifukus en dessert, tout aussi réussis.

Izakki, 49 rue Olivier-de-Serres, 75015 Paris, France

Un cheesecake à en tomber par terre chez Red Crown Cafe

Autre arrondissement auquel on ne pense pas forcément pour la pause goûter, le Ve ! Mais dans une charmante rue se cache le Red Crown Cafe, un café récemment ouvert, tenu par un couple franco-japonais. À la carte, de la qualité et du sens. Les boissons sont parfaitement équilibrées, du hojicha au sesame latte. Même si vous auriez tort de ne pas être un peu gourmand et d’opter pour un petit gâteau à vous mettre sous la dent. Sur le coup, j’ai opté pour un cheesecake justement au hojicha (qui, on le rappelle, est un thé vert qui a un goût de cacao ou de noisette selon les palais). La texture est réconfortante à souhait, le goût est délicieux et la mâche est ultra-satisfaisante, encore plus que de l’ASMR. J’ose également le chiffon cake au citron qui, bien que différent en goût et au toucher, jouit des mêmes qualités : c’est léger, aérien, et on aime autant « jouer » avec que de l’avoir dans l’estomac. On reviendra, pour tester les onigiris le midi, les glaces durant l’été indien et évidemment un matcha latte, notre réputation oblige.

Red Crown Cafe, 48 rue Daubenton, 75005 Paris, fermeture estivale jusqu’au 25 août.

Toujours kawainé toujours cute

Par Mélissa Chevreuil

Les derniers articles publiés

Est-ce vraiment "trop gênant" de porter un pantalon blanc ?

par Mélissa Chevreuil   ⋅  01/09/2026 4 min

Car chaque vêtement a une histoire et en dit toujours plus sur nous que ce l’on peut croire, analyse d’un item qui peut créer la discorde (et de sacrées tâches).

Moi aussi, j'aurais pu faire des vlogs d'août avec toutes ces activités

par Mélissa Chevreuil   ⋅  13/08/2026 6 min

Mais à défaut, je me contenterai de vous faire un petit guide de ce que vous pouvez faire à Paris et ailleurs pour vous divertir.

Faut-il vraiment parler d'Ariana Grande ?

par Mélissa Chevreuil   ⋅  04/08/2026 4 min

Internet semble être devenu à la fois le tribunal et le médecin personnel de la popstar, si bien que l'on débat davantage de son poids que des qualités ou défauts de son dernier album « Petal ».

Où sont passées les portes des toilettes dans les hôtels ?

par Mélissa Chevreuil   ⋅  30/07/2026 5 min

Une nouvelle tendance à laquelle même Valérie Damidot n'aurait sans doute pas pensé.

Branchez-vous festival, branchez-vous Québec, tsé

par Mélissa Chevreuil   ⋅  23/07/2026 6 min

Excusez par avance mon titre les Québécois, mais c'est que j'ai vraiment aimé cette semaine à vos côtés.

Bad Bunny, Bruno Mars, The Weeknd : j'ai vu les trois rois de la pop en moins d'un mois

par Mélissa Chevreuil   ⋅  13/07/2026 5 min

Et de facto, une question se pose : lequel assure le meilleur show ? Une interrogation qui se comprend, mais qui, vous allez le voir, n'est pas la plus pertinente.

Canicule : quand les larmes (et la sueur) auront coulé, que restera-t-il ?

par Mélissa Chevreuil   ⋅  06/07/2026 6 min

Car au-delà de la fatigue et de la douleur, la chaleur a aussi eu de lourds impacts sur notre santé mentale.

Pourquoi les Japonais voient Bruno Mars comme un dieu

par Mélissa Chevreuil   ⋅  19/06/2026 4 min

J'ai écrit dieu, mais plutôt comme le « kawaii king » pour être précise. Si quelqu'un mérite une analyse dans cette newsletter, c'est bien lui !

Ultime déclaration d’amour à Maddy Perez, ô toi icône sacrifiée

par Mélissa Chevreuil   ⋅  10/06/2026 5 min

Elle aurait pu être la baddie ultime. Elle ne sera qu'une Marie Madeleine à l'esthétique léchée mais source de toutes nos frustrations.