J'ai un rapport toxique et contrarié avec les festivals. Tantôt je clamerai à qui veut l'entendre que je déteste ça : trop de monde, trop de fêtards, trop d'ambiances opposées, et une petite taille – 158 cm, si vous voulez tout savoir - qui me fait défaut pour optimiser une éventuelle bonne visibilité. Et puis il y a les faits. Des festivals, j'en teste, plein même, chaque année. Et dans pas mal de pays hors-hexagone : j'ai eu la chance d'en faire en Belgique, en Hongrie, en Espagne. Mais le prime, le plus insolite, celui que l'on ne recommande que si peu, c'est le Festival d'Été de Québec, ou « FEQ » pour les intimes.
Alors évidemment, le but de cet article n'est pas tant de vous faire prendre un avion « juste » pour ces festivités, la canicule en trilogie plus hardcore à subir que n'importe quel film de Quentin Tarantino devrait nous servir de leçon. Mais plutôt d'optimiser un voyage déjà prévu. Alors comme ça, vous pensez au Canada et à la région Québec pour l'été prochain ? Smart, c'est un excellent choix, tant c'est la meilleure saison pour profiter d'une météo douce et clémente, quelque part entre montagnes, gratte-ciel, villes authentiques ou chutes d'eau à couper le sifflet. Et quoi de mieux pour découvrir un endroit que d'y plonger dans sa culture musicale et festive ? La preuve par trois, à minima.
@MarionDesjardins
Une programmation qui vous transformera en main character en société
Qu'on se le dise, et ce n'est pas tant une critique qu'une observation : à chaque été son lot de mêmes artistes qui performent, encore et encore, au gré des villes de France et de Belgique. Et c'est OK ! Qui suis-je pour bouder mon plaisir devant par exemple Hamza ou Aya Nakamura ? Mais forcément, quand on change de pays voire de continent, on change aussi le champ des possibilités. Et le FEQ fait fort, proposant généralement des artistes internationaux rares, ne passant que peu en France voire en Europe, et qui répondent surtout aux attentes nord-américaines.
Ainsi, j'ai par exemple vu cette icône qu'est Shaggy (It wasn't me, Hey Sexy Lady) qui a transformé la foule en ode au twerk (mais j'y reviendrai). Mais les trois plus grosses têtes d'affiche sur la semaine où j'étais présente ont cette fâcheuse manie de cultiver la rareté en France, même si les plus vifs ont d'ores et déjà réussi à les voir ou les verront très prochainement.
@SAMBILLINGTON
Je pense par exemple à la symbolique Kesha, très appréciée par la communauté LGBTQIA+ en France mais qui a toujours une grosse fandom très large en Amérique du Nord. J'y ai ainsi vu beaucoup de jeunes femmes voire des ados avec le merch. Et si je n'ai eu de préférence pour son show (honorable, même si perçu de mauvais goût par certains, ce qui n'est pas spécialement mon cas), c'est surtout que hors bops, j'ai encore une grande méconnaissance de sa discographie. À retravailler donc, ne serait-ce que pour donner de la force à la popstar (cf. tout ce qu'il s'est passé avec Dr Luke, je vous laisse vous renseigner si ce n'est pas déjà fait) !
@StephaneBourgeois
Sur la deuxième place du podium des guests de choix, le groupe Muse, ce qui a éveillé pas mal de jalousie autour de moi, et comme je le comprends. Avant d'y aller, je m'étais dit, en toute honnêteté « je ne connais pas leurs sons si bien que cela ». Puis j'ai lancé une playlist de morceaux choisis dans mes oreilles et là, magie : si, je connais, et plus encore, je connais même très bien. Le band a réussi à marquer les esprits sur plusieurs décennies, et évidemment, il faut non seulement entendre mais vivre « Supermassive black hole » au moins une fois dans sa vie. Même si vous n'êtes pas fan de Twilight.
@SebastienDion
Mais le zénith de ma semaine fut évidemment l'apparition de Gwen Stefani, décriée aujourd'hui par les uns et les autres pour quelques saillies trad wife et même pro-Trump. Bon… vous vous en doutez, je ne suis pas en adéquation avec cette nouvelle « ligne édito » qui n'est non plus aussi radicale que celle de Nicki Minaj, mais tout de même. Toutefois, quelques éléments m'intriguent – comment la nouvelle génération, représentée par la très féministe Olivia Rodrigo, peut encore l'adouber au point de l'inviter sur scène ? J'imagine que nous avons tous nos angles morts, moi la première. Il n'empêche.
La setlist est littéralement du fan-service : des bangers, des bangers et encore des bangers, et si vous n'avez pas peur de l'indigestion, encore des bangers. Vous aimez « Sweet Escape » ? C’est la musique qui ouvre le bal. Nostalgique de l'ère No Doubt ? J'ai perdu ma voix (déjà que j'entendais que d'une oreille) sur « Don't Speak ». « Just a Girl » est votre hymne ainsi qu'un réconfort ? Évidemment, c'était l'un des points d'orgue du final. Vous pensez encore à votre ex quand vous écoutez « Cool » ? Même cette ballade, pourtant plus confidentielle peut-être, figurait parmi les titres chantés !
@GwenStefani_DylanPage
La générosité était à son paroxysme, et à Gwen Stefani de sautiller partout en allant régulièrement prendre sa dose de chaleur humaine au contact direct du public. J'ai également vécu des petits moments rares et précieux devant des artistes peut-être un peu niches mais qui n'attendent que de connaître les sommets.
Le groupe indie-pop Royel Otis était exactement ce que je recherchais : drôle, léger, insouciant. J'ai également pu voir Lord Huron, groupe américain plutôt folk qui avait hélas annulé sa date à Paris. À charge de revanche, j'ai enfin pu entendre « The night we met » en live et croyez-le ou pas, j'ai eu les larmes aux yeux et la chair de poule – toute personne qui a découvert ce titre grâce à la fiction Netflix 13 Reasons Why sait pourquoi.
Et puisque comme je vous le disais, je n'ai rien contre les artistes que l'on voit plus facilement en France, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller voir Josman, qui a envoûté le public pour sa première fois à Québec. Écouter ce désormais classique qu'est « J'aime bien » avec une foule en communion est à faire, si vous n'êtes pas gêné par l'aspect libidineux des paroles évidemment. Mais n'est-ce pas là ce qui fait la sève du titre ?
@MarionDesjardins
Une ambiance et un vrai écosystème
L'autre point fort de faire un festival à l’étranger, sans le comparer à ce qu'on connaît, c'est de pouvoir profiter de son écosystème singulier. Le FEQ est vraiment à part, et pour mes parisiens purs et durs, vous allez comprendre plus particulièrement. Le festival est dans le centre-ville même ! Et ça, c'est assez fou et novateur : nullement besoin d'une heure de métro, RER, Bus ou autre pour les personnes dormant ou habitant sur place. C'est au cœur même de la ville que se trouvent les scènes principales, toutes très près les unes des autres.
@SebastienDion
À noter que si vous cherchez un hôtel, je vous recommande vivement Le Concorde, qui, comme mon chauffeur le disait si bien « vous offre quasiment un accès backstage » tant il est proche des scènes en plus d'être bien équipé et doté d'une piscine, d'une salle de sport et de deux restaurants. Au gré des scènes, vous trouverez également de nombreux stands et activations. Vous dire que j'ai tout testé serait vous mentir, et pour être honnête il faut aussi de la patience, tant chaque stand (Sephora, pour ne citer que celui-ci) a une sacrée file d'attente. Mais cela vaut le coup, et surtout cela prolonge l'expérience du festival. Concrètement, il est possible de s'occuper toute la journée en attendant le début des différents concerts et c'est un vrai plus.
Concernant le public, car je ne peux pas ne pas en parler, c'est aussi très particulier ! Il est toujours drôle de « comparer » les cultures et les attitudes durant des festivités sans pour autant dire quel pays a le meilleur public ou non. Il serait par exemple absurde d'aller voir un concert en Chine et de déplorer le manque de danses ou d'applaudissement, tant ce n'est pas ancré dans leur culture comme l'œil occidental et égocentrique peut se l'imaginer. Le public québécois, lui, n'est pas celui qui fera le plus de bruit. Pour autant, il sait créer l'ambiance, mais c'est amusant de constater comme il le fait avec respect. En plusieurs soirées de concert, dont beaucoup faites solo, je n'ai jamais été poussée, bousculée, chahutée, grugée. Toute personne un peu grande se mettant devant moi a toujours eu le stimulus de jeter un œil en arrière et, voyant ma hauteur de mini-pouce, a eu le réflexe de se décaler ou me laisser passer. Croyez-le ou non, ça n'est jamais arrivé en France.
Alors oui, quand il s'agit de danser ou hurler, j'ai connu plus grande ferveur, encore que, cela dépend des artistes – pour Josman, j'ai assisté à de joyeux pogos et pour Shaggy, une inconnue m'a twerké dessus, avec mon consentement. Mais cette notion de convivialité et de respect, elle, me semble vraiment propre à Québec et rien que pour ça, l'expérience mérite d'être citée et renouvelée.
L'occasion de profiter de la ville de Québec…
Quand on parle de la région Québec avec un autre Français, on pense rarement à la ville de Québec – eh oui, ce n'est pas la même chose. Mais plutôt à Montréal. N'espérez pas un versus entre les deux villes, puisque je n'ai encore jamais visité celle qui commence par un M… pour 2027 peut-être ? En revanche, la ville de Québec ne manque pas de charmes et fascine. Elle est d'une rare beauté, avec sa vieille ville parfaitement entretenue et ses monuments historiques immaculés. Ce n'est pas non plus un mythe ou un poncif stéréotypé de dire que les Québécois sont extrêmement sympathiques. Tout est vrai. Ici, on a la culture du tutoiement facile, mais aussi du sourire et de la discussion avec un parfait inconnu.
Cool kid ou pas, vous devez impérativement flâner dans la rue Saint-Jean, où vous pourrez évidemment faire du shopping mais aussi prendre un excellent chocolat chaud chez Erico, cela qu'importe la température extérieure, ou une savoureuse viennoiserie chez Epi'Fanny – promis, tout y est bien meilleur que le jeu de mots qui peut laisser pantois.
À noter que face au fleuve Saint-Laurent se trouve également un SPA nordique sur ma liste depuis bien trop longtemps, le Strom. C'est simple, l'endroit est un Disneyland pour tout amateur de bien-être avec une kyrielle de coins détente, hamacs, hammam, sauna, bains à différentes températures… comptez 80 euros l'entrée pour la journée entière en haute saison. Un budget plus élevé que pour des thermes en Europe de l'Est, certes, mais un tarif très concurrentiel tout de même quand on sait que pour ce même montant, vous aurez difficilement plus d'une heure de massage ou bain à remous en France.
Si le décor m'a plongé le temps d'une journée dans un épisode de The White Lotus, je dois avouer que les photos en hiver me donnent une petite FOMO, tant la nature a l'air d'offrir un spectacle à ciel ouvert. Si vous en avez le temps, pensez aussi à une petite excursion !
L'île d'Orléans, non loin de là, regorge de petits trésors, commerces et paysages bucoliques qui ne demandent qu'à être explorés. L'occasion de faire le plein de cidres pour la famille et les copains, ainsi que de très bons mets sucrés issus de la chocolaterie de l'île.
… et de sa bouffe (car ici, ce n'est pas un mot si familier)
Vous me connaissez, je ne peux pas ne pas réserver un plus gros paragraphe à la nourriture, point noir éventuel pour un Européen quand il s'agit d'un périple en Amérique du Nord. Et si je n'ai pas gardé de souvenir ému d'un plat en particulier à Vancouver, Québec City propose un large choix de restaurants avec toutes les cuisines du monde. Évidemment, on commencera par une bonne poutine, la spécialité. Pour les fringales nocturnes, on ira à la rôtisserie St-Hubert, chaîne emblématique et régressive qui peut être comparée à nos bouillons parisiens. Leur poutine au poulet sauce barbecue est généreuse comme on les aime. Pour se poser au restaurant, vous pouvez également vous diriger vers La Bûche, figure de proue du genre, qui propose également des poutines très copieuses.
Mais rien ne vous empêche de manger tout autre chose, comme un délicieux Banh Mi à la baguette ultra croquante au restaurant Chez Yen. Ou une tajine bien coriace (mais c'est un compliment) aux Saveurs du Monde. À noter que ces deux restaurants sont également dans la fameuse rue Saint-Jean cité plus tôt. Qui a dit qu'on mangeait mal en Amérique du Nord, déjà ?
FEQ, chaque été dans la ville de Québec, renseignez-vous en amont car les pass partent très, très vite ! Premier prix pour un bracelet proposant 11 jours d’admissions à toutes les shows : 180 dollars canadiens
Article écrit et odyssée musicale vécue dans le cadre d’une invitation
