C'est un passage marquant dans ma lecture du livre Call Me By Your Name, qui date pourtant de plusieurs années désormais. La fameuse « poop scene », qui ne figure pas dans le film, évoque le désir total des deux amants, allant jusqu'à admirer les selles l'un de l'autre avant de tirer la chasse d'eau. De mémoire, mais à vérifier (selon votre niveau de curiosité), quand c'est au tour d'Elio de déféquer, Oliver lui masse même le ventre et l'embrasse. Nul doute que ce n'est pas ce couple qui aurait du mal à composer avec la nouvelle direction artistique des hôtels branchés. Car non, cet article ne traitera pas de la scatophilie. Mais bien de cette nouvelle tendance qu'ont adoptée quasi tous les hôtels depuis déjà quelques années : abolir les portes des salles de bain, même si les toilettes sont à l'intérieur. Et je crains que ce phénomène soit international.
En voyage à Taïwan avec une fidèle complice, nous posons nos bagages quelques jours à Chiayi, charmante ville permettant d'accéder aux forêts brumeuses à l'atmosphère mystique. Nous avons opté pour un hôtel thaïlandais (parce que pourquoi pas) que je vous recommandais vivement ici. Sauf que : si la baignoire en plein milieu de la chambre a un côté évidemment très dans l'ère du temps, la partie douche avec les toilettes au fond, sans porte, nettement moins. Même constat à Zurich, nous étions venues avec une amie, nous avons déchanté en voyant la salle de bain, qui comprenait certes une porte et un mur mais… sans aucune opacité.
J'ai recueilli une dizaine de témoignages et le constat fut toujours le même : cette “trend” dans les hôtels un peu cool ne plaît presque à personne, pas même aux couples. “Autant je trouvais excitant l'idée de voir ma copine se doucher pendant que j'étais encore au lit, autant j'étais bien trop timide à l'idée de me doucher sans porte devant, me confie une amie. Et puis la douche un peu sexy sur une musique de Tyla, tu le fais une fois, pas deux. Voir sa copine se frotter pour se décrasser, ça n'a rien de spécial quand c'est imposé. Évidemment, je ne te parle même pas des toilettes. On a été constipées tout le séjour”. Même son de cloche pour une autre copine, partie en vacances à Djerba avec ses parents dans “une chambre pour couple” de ses propres mots “la plupart du temps, pour la douche ou autre, je leur demandais d'aller sur le balcon. On avait aucune intimité”. De nombreux débats sur Reddit vont dans le même sens.
La douche dans le salon, une DA
Mais alors, pourquoi les hôtels ont-ils décidé de nous supprimer ces fameux murs ô combien essentiels à notre intimité ? Pour revenir à mon illustration citée plus haut, on pourrait l'expliquer de manière idéalisée, fantasmée, et donc romantique. Sans doute que ces dits hôtels espèrent consolider les couples aux humeurs contrariées, et quoi de plus beau que de voir son partenaire dans pareil état de vulnérabilité qu'en se tordant le dos pour se savonner les doigts de pieds ou en train de péter au réveil après un repas qui ne passe pas ? Quand André Aciman écrit la fameuse poop scene, à titre personnel, je ne pense pas qu'il cherche à outrer son lectorat. Mais plutôt à illustrer l'obsession quasi fusionnelle d'Elio, tout en partageant l'intimité ultime, dans le banal, sans aucun mystère. Mais nous ne vivons pas dans un monde de lettres et de poésie.
La vérité est toute autre, et au Wall Street Journal de nous éclairer. Il n'y a pas que “la France à Macron” qui souffre, et les temps sont aussi durs pour l'hôtellerie, qu'elle soit accessible ou haut-de-gamme. Après les placards (faites attention, ils sont de moins en moins fréquents !), les accessoires comme les chaussons et peignoirs et bien souvent les baignoires, les portes sont possiblement la nouvelle grande économie de cette industrie. Bah oui : le bois comme le béton, ce n'est pas donné. Et qui dit une absence de porte dit de facto une absence de poignée, à débloquer ou réparer, autre coût non négligeable. Aussi, une pièce isolée par un mur nécessite son propre éclairage et une maintenance supplémentaire. Pour le client lambda, comme vous et moi, ce n'est rien, mais pour les hôtels, ce ne sont pas des détails invisibles, loin de là. “Aux yeux d'un directeur financier, une porte lambda peut passer pour un gouffre financier », explique le Wall Street Journal.”
Qu'est-ce qu'on peut y faire ? Eh bien pas grand-chose, puisque la tendance ne s'inversera sans doute pas – loin de moi l'idée d'être fataliste, juste réaliste. Si ce n'est mieux explorer les possibilités d'hébergement ! Sadie Lowell, experte en marketing numérique, a été “traumatisée” après un séjour avec son père dans une chambre sans réelle porte de salle de bain. Elle a ainsi lancé le site Bring Back Door, un cri du cœur (et du corps) qui répertorie des hôtels sans porte mais aussi et surtout avec afin d'éviter des surprises encombrantes. Le site comprend des hôtels aux States, mais aussi à Londres, Paris, Barcelone ou même Tokyo. Alors vraiment madame Sadie, navrée pour votre PTSD, mais infiniment merci pour les travaux que cela a engendré.
Cet hôtel bruxellois, lui, a tout compris
L'été n'est pas encore achevé et la torpeur donne des envies de parenthèse inattendue mais ô combien bienvenue. De mon côté, je suis toujours alléchée à l'idée d'une halte à Bruxelles, une ville de cœur où je me rendais régulièrement dans mon ère lilloise. Et j'ai eu la chance de tester Teddy Picker (référence aux Arctic Monkeys ?), hôtel conceptuel dans le centre de la ville et partout à l'abri de toute nuisance sonore pourtant propre à la vie de quartier. Les chambres ont des airs de loft new-yorkais, même si on me précise que c'est pas une volonté particulière. Baignée de végétation, il y fait très frais alors même qu'il n'y a pas la climatisation. En réalité, l'hôtel, encore en plein axe d'amélioration, est volontairement dépourvu de bien d'autres équipements, comme d'une télévision. On me le fait remarquer à mon départ, j'étais passée à côté, tant cela ne m'a pas dérangé.
Le lit défait par mon petit corps n'empêche pas la beauté de la pièce
Les détails font la différence : du gel douche Aesop ici, une platine à disposition là avec une palanquée de vinyles récents ou vintage, mais tous du meilleur goût, bien que cela n'engage que moi. Le balcon est une parenthèse dans la parenthèse, bien que la météo belge, capricieuse, me prive d'en profiter pleinement. Si la douche et son mur donnent une vue sur le lit, gigantesque, et inversement, les toilettes sont bien séparées et par une porte et sur le côté de la chambre. Le meilleur des deux mondes, finalement.
Comme évoqué, l'équipe est en interrogation constante d'axes d'améliorations, alors ne soyez pas surpris que la chambre soit encore plus belle et mieux équipée si vous faites le choix d'y séjourner. Petite FOMO : je n'ai pas eu le temps de tester Kline, le restaurant de l'hôtel, qui, paraît-il, justifie le billet de train à lui seul. Ce n'est que partie remise.
Boutique Hotel, Vlaamse steenweg 162, Brussels, Belgium 1000
Et sinon, on mange quoi et où à Bruxelles ?
Des frites, des frites, des frites, et une gaufre… n'importe où
Oui, c'est cliché et facile, mais plutôt réel. Et comme le dit si bien ma consoeur Coumbis “que la friterie soit populaire ou un peu lowkey, peu importe, c'est bon partout. Ce qui compte, c'est les sauces”. Alors que vous alliez aux classicos comme Fritland ou ailleurs, je ne pense pas que vous sauriez être déçu, dès lors que vous choisissez une sauce de choix – j'ai découvert la Brasil et elle me manque déjà ! De même, je n'ai pas forcément de spot attitré pour une gaufre, mais encore une fois, la plus belge des journalistes et guide d'infortune Coumbis me rappelle “qu'il faut toujours demander une gaufre fraîchement faite, sinon, tu auras les vieilles qui attendent en vitrine depuissss”. Conseil simple pour dégustation efficace.
Un ramen méga chargé chez Yamato
Qu'est-ce que j'aime autant que le Ramen ? Peut-être le tonkatsu. Alors quand on me dit que chez Yamato, adresse japonaise à Bruxelles, on trouve une fusion des deux, je ne marche pas, je cours. On pourrait croire que la combinaison est trop gourmande, trop lourde dans l'estomac, mais il n'en est rien, à condition d'opter pour un bouillon aussi léger que la panure, croquante et savoureuse. Dix minutes top chrono – oui, je mange trop vite, j'y travaille – et voilà que mon bol est aussi vide que certains programmes politiques pour 2027. C'est assez inédit et ce n'est pas un plat que je prendrai deux fois dans la même semaine, tant il est marquant. Mais il mérite d'être testé, à n'en douter.
Rue Francart 11, Ixelles
Des ramens XXL chez Alley Mian
Un autre restaurant asiatique mais pas des moindres, tant l'offre bruxelloise se veut assez qualitative ! La spécialité ici, ce sont les nouilles fraîches très longues et épaisses. Ajoutez à cela un décor très insta-friendly et forcément, même passé le rush de 13h, c'est encore bondé, mais c'est justifié. Petit pas de côté de ma part, j'opte pour un roujiamo, un sandwich chinois au bœuf braisé, spécialité qui me manque depuis mes pérégrinations à Beijing, entre autres. La pâte croque sous la dent, la viande est juteuse et n'a rien à envier à ce que j'ai pu manger en Chine. L'entrée est sans doute un peu trop huileuse pour permettre de rebondir sur un gros bol de nouilles, j'opte donc pour des dumplings en accompagnement. C'est réconfortant à souhait et surtout promesse d'un goût très authentique. Mais si vous y avez prévu un stop, ne faites pas comme moi, et prenez les nouilles cette fois-ci !
Rue de l'Ecuyer 45, 1000 Bruxelles, Belgique
Et pour le goûter…
Je suis allée deux jours de suite à Eli's Cookies. Banger absolument à condition d'aimer la pâte molle voire presque crue. Mais quand le sucre fond ainsi sous la langue, comment résister ? J'ai également pris un Ube Latte chez Bisou, coffee branché avec une jolie carte tant pour le restaurant que pour se délecter d'une boisson entre deux visites touristiques. Mais le coup de cœur qui mérite pleinement sa hype reste le Akko Café, petit havre de paix pourtant niché en plein centre-ville. Au-delà de son arche très photogénique, le lieu est pile entre le cool et le calme tout en proposant de vraies boissons nippones. Mais pour le coup, pas de matcha pour moi (pas de côté on a dit), et je prends un sésame latte qui remplit toutes ses fonctions et bien au-delà. S'il n'y a qu'un seul endroit où reposer ses pieds en gâtant son estomac, c'est bien celui-là.
Recommandations écrites pour la plupart dans le cadre d’une invitation
